Balade maraîchine

                       BALADE MARAÎCHINE 2016

 

     Oyez, gentils amis de Filibert, la merveilleuse aventure que vécurent le mardi 21 juin 2016, un groupe de quinze membres de notre noble Association « Abbatiale et Découvertes » alertés par l’olifant moderne appelé « Internet ».

Au petit matin, nous nous regroupons auprès de l’abbatiale, farouchement déterminés à passer ensemble une excellente journée à la découverte de ce monde si proche géographiquement, et si différent par ses paysages, ses habitants et ses coutumes.

     Le temps se révèle couvert et hésitant, entre « chargé d’humidité » et  « léger crachin », bien propice à nous laisser appréhender  l’atmosphère si particulière des alentours de Sallertaine, décrite par René Bazin dans son magnifique ouvrage « La terre  qui meurt ».

     Et nous voilà partis dans quelques véhicules automobiles, direction Machecoul que nous laissons à notre dextre pour nous diriger vers Bois de Céné. 

 

     À quelques lieues, nous empruntons une petite route sinueuse, bien représentative de celles que nous suivrons toute la journée. Elle s’enfonce dans ce qui fut le « Golfe de Machecoul » et nous mène à notre première halte : Quinquenevent ou Quinquenavant

 

 

     Nous y sommes très aimablement accueillis, par Monsieur Boutet et son épouse. Une chèvre très sympathique, vient également à notre rencontre et se fait beaucoup d’amis parmi les participants.

     Monsieur Boutet,  vraiment passionné par son sujet, nous donne maintes explications, n’hésitant pas à répondre aux questions diverses formulées par les uns ou les autres.

      La chapelle Romane, du XIIe siècle, bâtie sur un petit îlot calcaire avec les pierres extraites à proximité, fut le lieu de culte d’un petit prieuré relevant de l’abbaye augustine de Nieul-sur-l’Autise. Le plan est très simple : une abside en hémicycle, éclairée par de très hautes et très étroites baies, s’apparentant à des meurtrières  et une courte nef. Sous l’abside, une crypte voûtée, accessible depuis la nef, n’est qu’à moitié enterrée et est éclairée par cinq baies affleurant le sol. 

     Très peu de moines habitaient les parties communes dont le bâtiment s’élève à droite de la chapelle.

     Malheureusement, le site n’est pas accessible au public.

     Un grand merci à Monsieur Boutet pour son excellent accueil et ses nombreuses explications.

 

Nous rejoignons alors la très sympathique église de Bois-de-Céné, toute de guingois, blottie au sein de son enclos.

Bâtie sur un ancien site mérovingien, l’église dédiée à saint Étienne, fit l’objet d’une première construction au XIIe siècle. Remaniée à l’issue de la guerre de cent ans, pillée durant les guerres de religion, elle ne fut restaurée qu’après 1630.

Telle qu’elle nous apparaît, l’église, dans sa structure dissymétrique, ne manque pas de charme. Son clocher latéral, composé d’une tour carrée, partie la plus ancienne de l’édifice, est surmonté d’une forme à impériale qui se termine en flèche.

Très dépouillée extérieurement, elle recèle à l’intérieur quelques belles surprises : deux retables baroques, de beaux vitraux, notamment la lapidation de saint Étienne, un sarcophage mérovingien, retrouvé lors de fouilles récentes (1972),  un très beau “Christ en croix”, et une curiosité : des chapiteaux originaux, peu catholiques, notamment une figure à trois visages, et quelques monstres.

 

     Nous quittons Bois de Céné, en direction de l’abbaye de l’Île Chauvet que nous découvrons au bout d’une longue allée, cachée derrière la très belle demeure habitée par Monsieur et Madame Guillet de la Brosse. Ils nous font l’honneur de la visite.

 

 

     Si l’abbaye est en ruine, l’ensemble est remarquablement entretenu, et la visite, commentée par le maître des lieux, se révèle fort enrichissante.

     L’état des bâtiments permet d’apprécier de très beaux témoignages d’un passé glorieux. Sa construction, contemporaine de l’église de Bois de Céné, est, par ses dimensions et ses options architecturales qui annoncent le gothique,  beaucoup plus riche, avantage du « régulier » sur le « séculier ».

La visite nous permet de belles découvertes animalières : un nid de cigognes couronne le pignon du mur au fond du chœur quand nous franchissons le superbe porche de l’église. L’une d’elles nous fait l’honneur de nous accueillir trônant sur son « piédestal ». Deux gentils rapaces, qui ont élu domicile à quelques mètres l’un de l’autre dans des encoignures du bâtiment, nous reçoivent sans crainte et gardent la pause pour les photographes.

Les bâtiments annexes recèlent un intéressant musée présentant des statues, vêtements ecclésiastiques, partitions de chants grégoriens que notre expert musical s’empresse à déchiffrer. Une très belle maquette, nous permet d’apprécier l’étendue de l’abbaye et de ses annexes occupées par les moines au temps de sa splendeur. Une autre aile comprend entre autres un cellier et des cuisines « dans leur jus ».

 

Il  devient évident que nous ne pourrons pas faire les deux visites prévues encore ce matin, et nous optons pour la charmante chapelle de Bordevert.

 

 

     Elle n’est pas aussi connue que l’église de Beauvoir. Son positionnement géographique et sa discrétion sont tels qu’il n’est pas aisé de la visiter.

     C’est un ravissement, tant par son jardinet bien soigné, que par son aspect humble, propice au recueillement. La construction de cette chapelle de style Roman remonterait au XIIe  siècle. Une seule baie de chaque côté fournit un éclairage amplement suffisant pour en apprécier le mobilier. Si quelques bancs confirment la rusticité du lieu, une très belle poutre sculptée, quelques statues et tableaux, ainsi qu’un chemin de croix en constituent le seul luxe. Deux éléments retiendront l’attention : de nombreux ex-voto et une maquette suspendue de bateau (représentation très classique dans nos régions) dont l’histoire est intéressante. En effet, volée il y a quelques années, elle est réapparue, retrouvée par un familier des lieux dans une brocante. Rachetée alors par celui-ci, elle a retrouvé sa destination. Plus rares sont les deux « tableaux » suspendus de chaque côté du chœur, présentant des chaussures de jeunes enfants. Ils remercient la Vierge pour son aide à l’apprentissage de la marche. Ceci ajoute à l’émotion légitime des visiteurs.

 

     De la belle église de Beauvoir, nous ne voyons que le porche principal du XIIe siècle, et, quelques mètres plus loin, nous passons auprès de la statue de saint Philibert. En nous dirigeant vers la route du Gois, nous pouvons voir, de part et d’autre de la route, des marais salants en exploitation. Juste à l’entrée du Port du Bec nous attend le restaurant le Mord’eau que se partagent les ostréiculteurs et les touristes. Un repas simple, d’un prix modique, nous permet d’échanger nos impressions.

 

     Nous quittons notre table, destination le Moulin de Rairé.

Autant Musée de la meunerie à l’ancienne que Moulin à vent en activité, il est le seul moulin de France tournant au vent depuis sa construction en 1555 par les seigneurs de la Garnache. La visite est guidée par le propriétaire exploitant, Monsieur Burgaud, non moins avare de détails que d’humour. Nous passons en sa compagnie un excellent moment instructif : un seul problème, l’absence de vent (nous avions omis de prévenir le syndicat d’initiative de notre venue, les dispositions nécessaires n’ont donc pu être prises), ne nous a pas permis de voir tourner le moulin. Il mérite une nouvelle visite sous un vent propice.

 

     Nous allons maintenant voir la « Bourrine à Rosalie », blottie dans son bouquet d’arbres. Dans le méandre d’un étier, elle nous enchante dès l’abord. Monsieur Braud son propriétaire, qui a personnellement connu Rosalie, nous en fait la présentation.

 

 

     Il est étonnant qu’une si petite masure puisse justifier une telle multitude d’explications, tant le mode de vie maraîchine dans la première partie du XXe siècle est éloigné de nos façons de vivre actuelles. Nous nous retrouvons plongés dans l’ouvrage de René Bazin cité au début de cet exposé. Chaque détail mérite un développement. Bravo à notre hôte d’avoir su satisfaire notre curiosité en si peu de temps, car notre périple n’est pas fini.

 

     Au fur et à mesure que nous approchons de notre prochaine destination, sa silhouette apparaît une fois à gauche, une fois à droite, ou disparaît tant les routes sont sinueuses.

     Nous voici au pied de ce château d’eau en plein marais, appelé Kulmino. Il surplombe le sol de ses 70 mètres, alors que 10 mètres auraient peut-être suffi pour abreuver les alentours résolument plats. C’est là tout le génie de cette construction qui conjugue deux activités, tourisme et service d’eau en un seul bâtiment. En effet, en levant  la tête (attention aux cervicales) nous sommes en dessous d’une vaste plateforme technique qui déborde copieusement la tour et domine le paysage.

     Bien décidés à atteindre le sommet, les moins résolus s’entassent dans l’ascenseur, les autres suivront également car il n’est pas possible d’atteindre la plateforme par l’escalier. Petit miracle de la journée, le temps, couvert jusque-là, s’est enfin levé, nous accordant une immense perspective : la vision à 360°, de l’île d’Yeu au bocage et à la baie de Bourgneuf, la forêt de Monts, l’île de Noirmoutier. L’immense et génial travail des anciens qui ont aménagé ce dédale de rais et d’étiers approvisionnés les uns en eau douce, les autres en eau salée, sans interférence (sauf intervention malencontreuse des ragondins, si redoutés des maraîchins), s’offre à notre observation, aidée en cela de tables d’orientations et de jumelles, sans aucun vertige, tant le site est bien conçu.