Balade en RETZ 2015

  PETITE BALADE EN RETZ 2015

 

    Bonjour, je vous propose, au départ de Saint-Philbert, une petite balade pour la découverte (d’une partie) du Pays de Retz. Petit survol de présentation :

     Zone occidentale sud de la Loire-Atlantique, elle a été peuplée depuis plusieurs millénaires. Ses côtes ont subi au fil des siècles plusieurs tsunamis et de graves inondations brutales (cf. JP RIVRON et JL SARRAZIN) ; elle a traversé ensuite les vicissitudes de l’Histoire, (invasions, destructions) et s’est assoupie depuis plusieurs décennies dans une certaine torpeur.

     Région de Marches entre Bretagne et Poitou, essentiellement agricole, qui a subi les Normands, les Bretons, les guerres de religion et bien sûr l’épisode révolutionnaire (Charette était fier de ses troupes fidèles et réputées « les Paydrets »). Soumise aux religieux  puis à la féodalité et enfin aux notables, elle a connu une dévitalisation naturelle au XXe siècle. Ses enfants ont été « aspirés » par Saint-Nazaire et Nantes. Depuis peu l'extension de ces villes et l’amélioration des voies routières a provoqué l’installation d’une population nouvelle dans des communes devenues quasi-désertes il y a 30 ans (Paimboeuf, Le Pellerin, Rouans, Brains), mais les Pays de Retz sont encore, dans leur majorité, une zone dortoir.     

    L’historien Emile Boutin, à l’initiative de la création de la SHPR, les connaissait parfaitement dans leurs moindres recoins. Lisez ses ouvrages.

 

        Que recèlent les Pays de Retz ?                                       

 

   Des zones bocagères nombreuses et parfois assez peu remembrées (voir les haies d’épines noires dans le secteur de Préfailles, signe d’habitat très ancien) mais exploitées, où des vestiges d’habitat préhistorique (depuis le VIe millénaire avant JC) existent : (dolmens, menhirs, tumulus) disséminés sur le territoire. Les plus beaux près de la côte, à Pornic(Tumulus/allée couverte des Mousseaux à la Noëveillard, dolmen de la Joselière), à Saint-Brévin (dolmen), Saint-Michel (menhir) mais aussi d’autres à l’intérieur des terres à Saint-Père en Retz, Sainte-Pazanne  et des fours à sel près des Moutiers, de nombreux silex et outils, etc.

    Une large zone forestière dont il nous reste la forêt de Princé et celle de Machecoul.

    Et des voies d’eau qui ont été très utiles et essentielles pour l'activité économique pendant des siècles (Le Falleron, Le Tenu, l’Acheneau, la Loire, Le Lac de Grandlieu, etc.).

 

     L’implantation gauloise y a laissé également des traces que l’on continue à découvrir, ainsi que celles de l’époque gallo-romaine (cf. Vue 2014). Les Pictons ayant fait sans combat allégeance à César et contribuant à sa victoire contre les Vénètes ont été alors favorisés par lui pour leurs activités marchandes dans le Pagus Ratiatensis (territoire rattaché à Ratiate (Rezé) aux dépens des Namnètes (Nantes) installés sur la rive droite de la Loire. Les Romains, après les Celtes, commencent à développer les salines et Saint-Lumine de Coutais est une résidence d’été pour les légionnaires au repos !!! César a étendu l’Aquitaine jusqu’à la Loire.

 

    Un temps sous la domination bretonne dont la toponymie a conservé des traces et laissé un patois gallo/poitevin, ce Pays de Marches, dont la «  frontière » sud est le Falleron, est envahi par les Normands qui saccagent tout au 9e siècle et notamment Machecoul.

 

    Après leur départ, les moines ont pris la relève. Leur parfaite maîtrise de la gestion des zones humides a fait merveille (marais de Vue, Marais Breton, Acheneau, Tenu)

    Ils ont continué et considérablement développé l’exploitation des marais salants, source de grandes richesses.

 

    On leur doit aussi une optimisation des modes de culture et la sélection de races bovines. Dans ce contexte les implantations des ordres religieux, avec l’appui des familles régnantes, ont été très fortes et durables.(Monastères et prieurés à : Saint-Philbert, Buzay, Sainte-Pazanne, Saint-Même le Tenu, Les Moutiers, La Chaume, L’Ile Chauvet, etc.).

 

    Un véritable maillage du territoire, proche des voies d’eau. Et bien sûr, des  querelles et procédures pour la revendication de droits et de taxes pendant des siècles entre les religieux et avec les petits rois de pays.

 

     Et nos moines philibertins ? Missionnés pour christianiser le secteur, où ils diffusent le culte de ste Anne, ils sont, de Noirmoutier, de Beauvoir et de Déas, pendant le VIIe et le VIIIe, les maîtres du sel ! Ils sont très actifs : font du négoce avec la Bretagne, l’Ecosse et l’Irlande (échange de sel contre vêtements de laine et chaussures en cuir), édifient une église dédiée à Filibert à Vue (détruite depuis), une autre à Machecoul dans un sanctuaire dédié à la Vierge, que Harscoet de Retz, vassal du Duc de Bretagne, offrira en 1055 aux religieux de Redon et qui deviendra la chapelle de leur Abbaye (La Chaume). Ce sont donc des moines bâtisseurs. N’oublions pas qu’ils possèdent d’autres domaines dont Beauvoir, tout proche, où ils construisent un monastère au VIIIe siècle (cf. Eglise Saint-Philibert du XIe et XIIe) avant celui de Déas.

 

    Sigebert transmet ensuite des droits de tonlieu (taxes) aux moines de Malmédy (près de Cologne) qui s’installent donc au bord du Tenu (prieuré d’Ardennes) et y contrôlent pendant plus d’un siècle le trafic du sel. D’autres moines venant de Missy (près d’Orléans) obtiennent d’autres droits et édifient un prieuré au nom de leur saint Patron (Saint Mesmin) à Saint-Même le Tenu.

      En 1038, les Bénédictins de l’abbaye du Ronceray à Angers créent un prieuré aux Moutiers en Retz et l’église de Saint-Léger les Vignes passe sous la protection de l’abbaye Saint-Florent d’Angers.   

     

Tour de l'abbaye de Buzay

 

L’Abbaye de Buzay (près du Pellerin, fondée en 1135 par saint Bernard de Clairvaux) bénéficie de salines à Bouin et aux Moutiers. Elle fonctionne comme une ruche. Dès que la communauté dépasse le nombre de 60, les moines doivent essaimer et créer un nouveau monastère ! Elle envoie donc en 1172 quelques moines sur la très petite île inhospitalière du Pilier (entre la pointe St-Gildas et Noirmoutier) qu’ils quitteront dès 1205 pour Noirmoutier où ils fondent l’abbaye Notre-Dame de la Blanche. Entre temps, en 1201, les Bernardins fondent aussi l’abbaye de Villeneuve au Bignon qui deviendra très riche et puissante.

      L’abbaye angevine de Fontevraud y possède des droits de taxes sur les poissons et les marais salants. L’Abbesse de Saint-Georges de Rennes perçoit des droits d’octroi sur le sel dès le XIe ! Et d’autres encore !

      A partir du XIIIe, on y trouve aussi les moines mendiants, les Cordeliers, les Jacobins, etc.

 

    Bref, l’économie du sel est pendant des siècles une source, inimaginable actuellement,de revenus pour TOUS les ordres religieux omniprésents et aussi pour les princes et autres féodaux.  

     Le Pays de Retz s’en accommode. Mais ses autres ressources sont maigres. L’habitat est pauvre : petites maisons basses en pierre, couvertes en chaume de joncs et de roseaux,et en tuile romaine, souvent constituées uniquement de deux pièces et parfois avec étage et escalier extérieur. C’est d’abord à l’époque une région de petites cultures, et d’élevage de moutons élevés pour la laine filée pendant l'hiver. On y cultive aussi et surtout des vignes qui produisent une « piquette » sans intérêt. Jusqu’à ce que les marins anglo-saxons et ceux de la Hanse souvent alcoolisés en attente de chargements de sel au port de Bourgneuf en réalisent l’intérêt sous forme d’eau-de-vie !

      Le marché en est pris rapidement par des négociants Hollandais et se poursuivra par la Loire jusqu’au XVIIIe ! Le Pays de Retz exportera des quantités incroyables de vins et de cet élixir vers l’Angleterre et la Hanse nordique.

      Au début du Moyen Âge, Bourgneuf est l’un des ports les plus actifs d’Europe.

 

      Les moines de Buzay contribuent, eux, grandement à améliorer l’élevage bovin et la gestion des prairies humides (marais de Vue et de Rouans). Ils instaurent une foire aux bestiaux qui subsiste toujours depuis près de mille ans : La Foire à la Pie, en souvenir de leurs vêtements noir et blanc, qui se tient tous les ans, le matin du 23 novembre (St Clément), au village de Launay sur la commune de Rouans. Allez-y !

 

       Les guerres de religion vont y sévir. Plusieurs familles de l’aristocratie locale sont membres de la religion interdite. Comme en Poitou, après la révocation de l’Edit de Nantes, la présence du pin parasol isolé mais emblématique du Pays de Retz est sans doute le traditionnel point de repère des maisons huguenotes. En 1588, le roi de Navarre (futur Henri IV) y dirige ses huguenots, fait le siège de Machecoul qu’il ne parvient pas à prendre et détruit par vengeance l’abbaye de Fresnay en Retz, celle de l’Ile Chauvet et saccage Beauvoir, Bouin, le Collet, Bourgneuf et Prigny !        

       Longtemps dans le domaine de la puissante famille de Retz (les Gondi) et des familles liées, le Pays de Retz, à large majorité royaliste, connaît sous la Révolution des épisodes mouvementés et sanglants à Machecoul et Pornic, villes républicaines comme Paimboeuf. Les colonnes infernales y détruisent vignes, maisons et châteaux, traumatisant définitivement les populations. Ce qui explique l'absence totale de mobilisation lorsque en 1832 la Duchesse de Berry y tentera de provoquer un soulèvement pour faire reconnaître les droits au trône de son fils, le futur Comte de Chambord.

 

     

Canal de la Martinière

 

     Depuis le XVIIIe, Nantes a fait exploser le trafic maritime par la Loire. De jolis châteaux sont édifiés non loin des rives. Des corderies sont créées à Paimbeuf, un chantier naval et une fonderie de canons à Indret, des bassins à flot à Saint-Nazaire, (qui n’est encore qu’un simple port secondaire de Nantes et dont l’envasement du lit de la Loire au XIXe y fera éclore la construction navale) et le creusement d’un canal parallèle à la Loire, le Canal de la Martinière, destiné à la progression des trois-mâts à l’abri des aléas de la marée. Il connaîtra une vie éphémère et deviendra leur cimetière, l’invention des bateaux à moteur le rendant inutile. Mais, long de 15 km, il est devenu l’outil essentiel de la régulation hydraulique des Pays de Retz.

 

        Les guerres du XXe ont épargné le Pays de Retz. Mais la dernière poche de résistance allemande autour de la base sous-marine de Saint-Nazaire englobait cependant l’extrémité ouest de la région. Très peu de combats à noter. Mais la  poche ne s’est rendue que le 8 mai 1945, à Cordemais, et  la reddition officielle fut signée le 11 mai 1945 à Bouvron ! (A titre d’info, Nantes avait  été libérée depuis le 12 août 1944 !).

 

        Voilà un résumé très succint de la vie en Retz. Le musée du Pays de Retz, situé à Bourgneuf (bien sûr rue des Moines !), vous la fera revivre.

 

Scéne d'intérieur du musée du Pays de Retz

 

                       Tout est redevenu paisible dans le Pays.

        Deux axes routiers principaux venant de Nantes le traversent, pour aller profiter de la côte, ses plages, ses fraises, la pêche… et revenir…

        Sans doute propre cependant à inspirer certains esprits.

        La famille Gallimard, propriétaire du château des Brefs au Clion, près de Pornic, y a accueilli en résidence plusieurs écrivains tel Saint-Exupéry. Albert Camus y a écrit une partie de son roman « La Peste ».*

        Et n’oubliez pas que Lénine a passé des vacances à Pornic en 1910 !

 

                       Alain JUNO 2013

 

*Albert CAMUS décède dans un accident de voiture en Bourgogne avec Michel GALLIMARD, le 4 janvier 1960.             



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