La Limouzinière

ASPECTANT LE BOURG, LE PLUS ANCIEN PATRIMOINE BÂTI DE LA LIMOUZINIÈRE

 

      Tout d'abord, pourquoi ce nom de la Limouzinière ?
Comme souvent, on avance au moins deux interprétations, ce qui n'a rien d'étonnant quand il s'agit de noms très anciens remontant à l'Antiquité. On avait avancé comme origine le nom latin ele-mosinaria, aumônerie, maison charitable; on penche maintenant, connaissant l'ancien nom de La Limouzinière qui est en latin lemovicina, à une tribu du Limousin, les Lemovices, qui aurait arrêté sa pérégrination sur notre terroir. Les Lemovices étaient voisins vers l'Est des Pictons occupant jadis notre territoire.

 

Le château de La Touche-Limouzinière

                                                                    

      Voici le site le plus ancien de la commune, portant encore du bâti, site ancien de l'exercice du pouvoir seigneurial, le château de La Touche-Limouzinière. Le seigneur de la Touche était le vassal du seigneur de Retz, lequel était le vassal du duc de Bretagne, qui était le vassal du roy. Voici, de suzerain en vassal, toute la féodalité résumée.
 

 

      La paroisse était grande et le seigneur de La Touche la partageait avec un autre seigneur, celui du Chaffault, peut-être le plus ancien seigneur. Si l'on dit qu'il était le plus anciennement établi, c'est un peu parce que l'on n'a pas retrouvé les traces de son manoir ou de son château. Les Chaffault possédaient une partie de St-Philbert de Grand-Lieu et leur fief primitif était à Bouguenais.
      Mais c'était le seigneur de Retz, le plus puissant, lui qui avait octroyé des terres et des revenus féodaux à ses vassaux La Touche et du Chaffault ; il n'avait d'ailleurs pas tout donné, et s'était gardé par devers lui certains villages et leurs terres (tènements) et par ailleurs deux moulins.
Que peut-on dire des nobles ruines castrales ? Les savants spécialistes nous ont appris que nous avons là un logis-porte, c'est-à-dire la porte d'entrée vers un château, le logis-porte ayant été très en vogue en Bretagne aux XVème et XVIème siècles. Quant au château, il n'en reste rien d'ap-parent. De grands bâtiments sont bien visibles sur le plan cadastral levé en 1843 ; ils ferment la cour au nord et à l'est.
      Par contre, maintenant que les abords ont été désembroussaillés, on devine bien la petite chapelle, ses pans de murs qui la délimitaient, l'entourage en pierres de son entrée et même le bénitier monolithe inclus dans la maçonnerie.
      L'abbé Brunellière, qui est notre source privilégiée, affirme en 1935 qu'à l'entrée de l'allée qui mène au château, étaient autrefois deux tours qui commandaient une porte dans le mur d'enceinte. Avis aux amateurs de basses fosses et de souterrains ! mais le château est classé et le sous-sol est rigoureusement gardé par l'administration compétente.
      La seigneurie possédait sur la rivière toute proche un moulin à eau dont on perd toute mention écrite dès la fin du XVIIème siècle, mais qui est bien attesté jusque là, tout près du pont actuel sur la rivière de la Logne. On voyait encore naguère la trace de son ancien barrage qui devait servir de chaussée avant la construction du pont.
      Le bel ensemble que rehaussent la galerie et la tour est dû à Renaud de la Touche. Ayant ga-gné les faveurs du roi Henri II et de Catherine de Médicis, il fut autorisé à remanier le vieux manoir en 1556, pour accompagner l'élévation de sa moyenne seigneurie au rang de châtellenie. Son logis comporte deux salles hautes dont la plus grande devait servir de salle d'audience de la juridiction de La Touche et de pièce de prestige pour les réceptions.

 

      En ce XVIème siècle, le pays de France est déchiré par les guerres de Religion, on en a dénombré 8 successives. Si la Bretagne n'a pas été très touchée par cette guerre civile, par contre le Poitou était aux mains des Protestants, et La Limouzinière n'est guère plus qu'à une lieue de l'ancien Poitou, aujourd'hui la Vendée.
      Notre région eut donc à subir des incursions violentes, surtout après la prise de Montaigu par les Protestants en 1580. On relate dans un témoignage écrit le passage à La Limouzinière d'une troupe de 22 cavaliers au visage masqué, venant de Montaigu et se dirigeant vers Machecoul, certainement pas pour une promenade bucolique.

 

Visites royales


      En octobre 1588, la huitième guerre battait son plein, le futur roi Henri IV fit halte dans ce châ-teau. Venant de La Rochelle, il partait conquérir son royaume et assiéger les Ligueurs à Machecoul et Beauvoir.
      On ne manque pas à La Limouzinière d'évoquer cette visite princière, et pourtant les paroissiens de l'époque n'ont sans doute pas apprécié au plus haut point le passage d'une armée hostile, passage évoqué en d'autres lieux comme ayant causé "moult de maux".
      Quand La Limouzinière reçoit à nouveau une visite royale, c'est en 1622, et on n'en parle guère; le roi Louis XIII vient d'enlever La Rochelle après un long siège, bien décidé à asseoir le pouvoir royal avec l'aide de son ministre Richelieu. Or le pays compte des seigneurs favorables au Protestantisme, dans la mouvance de la haute et puissante famille de Rohan ; le seigneur de la Touche était-il des leurs comme son voisin le seigneur du Chaffault ?
      Toujours est-il que le château est menacé de démantèlement et sa tour arasée jusqu'à peu près son niveau actuel. On ne voit pas là que le château ait pu avoir un intérêt stratégique, mais en découronnant cette tour on supprimait le pigeonnier qu'elle renfermait à sa partie supérieure et c'était bafouer publiquement les prérogatives du seigneur du lieu.

 

Le domaine et la vigne


      Le domaine englobe une dizaine de métairies sur La Limouzinière et les paroisses voisines et le seigneur de La Touche perçoit des redevances sur la majeure partie de la paroisse. Il est également seigneur du Grand Bois à St-Colombin, commune voisine. Il perçoit le quart de la vendange sur environ 43 hectares de vigne à La Limouzinière et à St Jean de Corcoué.
Aussi loin que nous trouvons des documents écrits, de grands fiefs de vigne sont mentionnés sur notre terroir, vigne blanche et vigne rouge, comme il est dit. La mise en valeur est régie par ce qu'on appelle le bail à complant, contrat que l'on fait remonter à l'époque de Charlemagne.

 

      Un propriétaire propose un terrain à un preneur qui va planter de la vigne et s'engager à bien l'entretenir selon les usages du pays. Le propriétaire reste propriétaire du terrain, mais le preneur devient propriétaire de la vigne plantée dessus. Le viticulteur peut vendre sa vigne et son droit de l'exploiter. En contrepartie, il livre chaque année au pressoir du propriétaire du fond, une certaine partie de la vendange, habituellement le quart dans notre région.
      Ce type de gestion nommé "quart et complant", qui ne perdure en France qu'en Bretagne, est annulé à la Révolution comme contraire au nouveau droit sacré de la Propriété. Liberté, égalité, propriété. Mais les plaintes sont si générales que l'Etat rétablit le "quart et complant".

 

      Vers 1600 le domaine de la Touche Limousinière passe par alliance dans la famille de Bretagne et d'Avaugour, descendants du dernier duc de Bretagne, François II. Ce sont de grands seigneurs. Puis par succession collatérale, le domaine passe à Charles de Rohan, prince de Soubise, puis à Henri Louis de Rohan prince de Guéméné qui voit ses biens saisis à la Révolution et vendus comme biens nationaux.

Xavier 

Charette, huile sur toile de Paulin Guérin, 1819 (musée d'art et d'histoire, Cholet).

 

       En 1793 les Limouzins participent au soulèvement de tout le pays avoisinant et bien au-delà appelé la Vendée Militaire ; ils subiront le massacre des populations civiles par les colonnes infernales des généraux républicains, en 1794. Le pays sera très long à se rétablir. L'église n'est consolidée et bénite que 15 ans après les destructions; une liste de maisons détruites susceptibles de recevoir une indemnisation est dressée en 1812, près de 20 ans après et pendant plusieurs dizaines d'années on verra encore des maisons incendiées non relevées, mentionnées sur les actes notariés.
      Le domaine vendu à la Révolution a été racheté par un membre de la famille des anciens possesseurs, François Lelièvre de la Grange. A sa mort, ses enfants s'empressent de vendre le domaine. L'acheteur est un notaire, Charles Vrignaud, qui le revend 14 mois après, en 1820. Le château de La Touche doit être quasi inhabitable puisque le fermier s'est engagé à construire un bâtiment de régisseur.
      Le domaine passe ensuite entre les mains de plusieurs familles, pour finalement faire l'objet d'une donation à la commune par Mme Lambert, à la fin de l'année 1996. L'inscription à l'inventaire supplémentaire des Monuments Historiques a au lieu 3 mois auparavant.

 

 

      Les archéologues du bâti sont venus étudier le logis-porte en 1997, mais il n'était pas prévu de sondages ni de fouilles, associés à leur étude. Les contreforts que vous pouvez voir à l'angle sud-ouest du château ont été mis en place suite à un écroulement en 1995. La toiture provisoire est arrachée par la tempête de décembre 1999. Elle n'a pas pu être remise en place.

       Pauvre château, pauvre commune !

 



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