La Haie Angebaud

Une métairie ducale à St-Philbert : LA HAYE ANGEBAUD

 

 

LES TEMPS FEODAUX

 

   La Haie, voici un toponyme courant, sans doute très ancien, qui serait un mot germain introduit en Gaule, signifiant orée d'un bois, reste d'un bois en partie défriché; au Moyen Âge c'est un mot commun en France, qui a le sens de bois, forêt. Le professeur Cassard, étudiant l'établissement de garnisons franques sur les confins bretons, nous indique que le toponyme haie, en Bretagne, est d'origine carolingienne, époque à laquelle il a acquis la signification de fortification. Il note 115 lieux-dits en Loire-Atlantique, 251 écarts en Ille-et-Vilaine et un nombre plus faible quand on s'écarte de la zone des Marches.

 

   La métairie de La Haye Angebaud appartient de toute ancienneté aux puissants châtelains de la Benaste, dont le domaine propre compte huit métairies; aussi ne doit-on pas s'attendre à une description détaillée quand les seigneurs châtelains déclarent par écrit, vers 1464, au duc de Bretagne les biens qu'ils tiennent de lui.

 

    En fait ces métairies et quelques moulins entrent pour peu dans leur fortune. Très tôt les grands seigneurs féodaux, pour s'attacher une clientèle de fougueux guerriers, leur ont concédé des terres, contre "la foy et hommage", et le paiement de redevances seigneuriales, ce qui explique la relative étendue de leurs biens propres, qui ont pu par ailleurs être accensés à des paysans aisés. Par contre la majeure partie de leurs revenus provient des redevances nombreuses, diverses et variées, instituées sur les productions de la terre censée leur appartenir, au nom du droit éminent sur le sol.

    Ces vassaux devaient reconnaître périodiquement par écrit cette concession, notamment lors des successions; ils "avouaient" détenir ces biens de leur seigneur, l'acte notarié était appelé un "aveu". Le seigneur pouvait aussi concéder une partie ou la totalité de certaines redevances qui lui étaient dues, à ses vassaux, ce qui est le cas ici avec le droit de terrage, d'un dixième des récoltes, levé sur les teneurs de La Haie Angebaud.

 

   Nous connaissons la longue liste de bénéficiaires de ce droit de terrage pour la période de 1393 à 1700. Elle a été dressée à l'intention de l'acheteur et ultime possesseur de l'ancien duché de Retz, à la fin du XVIIIe siècle.

 

   Les trois premiers bénéficiaires connus, qui en rendent aveu au seigneur de La Benaste, ne semblent pas apparentés : Jean Le Bloay, Jean Le Port et Olivier des Redelières, respectivement en 1393, 1405 et 1414.

    Viennent ensuite en 1455 Jacques de La Rivière et Jeanne Guinebaut, sa femme. Puis, rend aveu en 1474, leur fils Jean de la Rivière, écuyer, sieur de la Morelière. Ce dernier document est le plus ancien consulté jusqu'à présent. La métairie appartient alors au baron de Rays, François de Chauvigny, plus précisément à la dame Jehanne de Rays son épouse, chatelaine de la Benaste.

Outre le droit de terrage, les teneurs de la métairie sont redevables d'un "disner" le jour de la livraison de ce droit en nature; Jean de la Rivière perçoit de plus un boisseau de seigle, un truelleau d'avoine et un chapon. Les payeurs-teneurs de La Haie Angebaud, alors encore nommée la Haie Berthomé, sont déjà des Angibaud, Jean, Morice et Perrot. On ne sait rien de plus des Berthomé ou Brethomé qui ont donné à la métairie son nom ancien.

   En 1558 l'aveu est présenté par Jean de la Rivière, sieur de la Morelière, qui ne peut être celui de 1474, mais vu son nom et celui de sa propriété, en est le fils ou le petit-fils. À partir de cette date la liste des bénéficiaires se divise en deux avec une bonne continuité pour chaque branche.

Dans la première, on trouve Jacques Charier, sieur de la Brosse Gapail (sic) qui achète en 1597 le droit de terrage aux fils de Jean de la Rivière, Jacques et Louis. Les Charier revendent en 1621 aux époux Roch Chasteau et Renée Michel qui revendent eux-mêmes en 1645 à Claude Boux, sieur de la Gaudinière; le dernier aveu de cette branche est présenté par Mathurin Boux, sieur des Barres et des Avenaux, en 1670.

    Comme on le voit, ces redevances fiscales s'achètent et se vendent comme un bien matériel et constituent des placements financiers. Devenus très tôt héréditaires, elles donnent lieu au droit de "rachat" perçu par le seigneur à la mort du bénéficiaire et qui n'est rien d'autre qu'un droit de succession.

   La seconde liste de bénéficiaires fait apparaitre la famille Gaignard de Fouinard et du Piépain de 1570 à 1635 puis les Guilhou ; le dernier aveu de la liste est présenté par François Guilhou, sieur de la Creancière, en 1700. Il semble qu'aucun de ces aveux n'ait été conservé hormis celui de 1474.

   En 1538 on a connaissance, dans un aveu du seigneur du Chaffault au seigneur de Rays, d'une rente de six sols, qu'il lève sur la Haye Brethomé, encore désignée sous son nom ancien.

 

LE CLAN DES ITALIENS.

 

   Un aveu de 1623 nous apprend que la métairie de La Haie Angebaud appartient désormais et depuis 1618 à Philippe d'Altoviti, gouverneur du château de Machecoul, y résidant, "nouveau venu en la possession desdites choses, par acte et transaction faict entre sondit seigneur et luy". Il s'agit de Philippe fils.

 

Grange ancienne

 

   Nous voyons ici un exemple de l'installation en France, et dans notre région, de nobles italiens venus dans le sillage de la reine Catherine de Médicis; on sait le rôle politique de premier plan que tint la reine sous le règne de ses fils, pendant une trentaine d'années de 1559 à 1589. Un des grands bénéficiaires des faveurs royales est Albert de Gondi que l'on allie à la haute noblesse française et qui reçoit ainsi le titre de duc de Retz.

   Philippe d'Altoviti, père, a dû son élévation nobiliaire à son épouse Renée de Rieux-Chateauneuf surnommée la "Belle de Chateauneuf". Elle intègre jeune, le "bataillon" de Catherine de Médicis et devient successivement la maîtresse du comte de Tonnerre, du roi Charles IX et du futur roi Henri III, qui la délaisse pour Marie de Clèves mais tente de la bien marier. Elle est plus tard bannie de la cour pour avoir bravé la jeune reine épouse de Henri III. En exil, elle se marie à un florentin qui la bat et qu'elle tue "bravement et virilement de sa propre main". Elle épouse alors un autre florentin Philippe Altoviti, capitaine des galères. Pour consoler son ancienne maîtresse de cette piètre union, le roi donne à son mari la baronnie de Castellane.

   Lorsqu'il fait baptiser son fils, en 1583, en la paroisse St-Laurent de Nantes, l'enfant a deux parrains, Philippe de Lorraine, frère de la reine "régnante", duc de Mercure (sic) et de Penthièvre, gouverneur pour le roy en Bretagne, et Guy de Rieux, vicomte de Donges, gouverneur de Brest, oncle du baptisé. Philippe d'Altoviti meurt en 1586, tué par un fils naturel de Henri II, gouverneur de Provence.

   L'aveu de 1623 rendu par Philippe d'Altoviti fils, a le grand intérêt d'énumérer une à une les pièces de terre, mais il ne dit mot des métayers et la description des bâtiments n'est que l'énumération stéréotypée habituelle. Sur l'inventaire des aveux rendus au duché de Retz, on lit la mention inhabituelle " aveu par Philippe d'Altoviti, cessionnaire de messire Henri de Gondi"...  pour la "maison noble de la Haie Angibaud", appellation qu'on ne trouvera écrite qu'une fois. Le terme de cessionnaire est difficile à élucider, le dictionnaire de Trévoux ne nous tire pas d'embarras. Une cession est l'abandon de biens, en justice, à un créancier; mais à "cessionnaire" l'ouvrage nous donne comme signification aussi bien celui qui a reçu que celui qui a donné les biens. Nous avons vu qu'il y avait eu transaction, le baron de Castellane a-t-il reçu ces biens jusqu'à ce que le duc de Retz se soit acquitté de sa dette envers lui?

 

 

 

LE DUC DE RETZ, CHATELAIN DE LA BENASTE

 

   La métairie de La Haie Angebaud va retourner dans le domaine de Retz mais cet acte fait défaut, de même d'ailleurs que celui de la transaction de 1618 qui l'en avait fait sortir.

  L'abbaye de Villeneuve perçoit, elle aussi, une rente sur la métairie de la Hays Berthomé, consistant en huit boisseaux de froment, douze truellaux d'avoine et cinq sols ; en 1636, dans son aveu au roy le prieur de Villeneuve précise que la métairie est tenue et possèdée par le seigneur de Retz, mais quelle est la validité de cette mention ? La métairie est-elle déjà revenue dans le domaine du duché. Il faut attendre 1674 pour en avoir une preuve écrite.

   A cette date, à l'occasion d'une décision royale de faire produire par tous propriétaires une déclaration énumérant les possessions propres et les revenus autres tels que les rentes, on trouve dans la déclaration du duc de Retz, sous le titre "domaines en Saint-Philbert": "une mestairie appellée La Haye Angibaud contenant en maisons, jardins, terres labourables, prés, pastureaux, bois taillis et autres dépendances, 98 journaux ou environ".

    Le duc de Retz perçoit ses nombreux revenus au travers de plusieurs bailliages, La Haie Angebaud doit 13 boisseaux 1/2 de seigle à l'office (baillage) du fief Girard. C'est le chiffre déjà cité dans l'aveu de 1464.

 

LES PLUS ANCIENS TENEURS DES TERRES CONNUS

 

Bâtiment de servitudes

 

   Nous n'avons pas encore eu connaissance des familles teneurs des terres, les registres paroissiaux de St-Philbert de Grand Lieu qui ont été conservés vont nous renseigner à partir de 1675, car les prêtres y portent le lieu de résidence des baptisés, mariés et ensépulturés. Treize mentions concernent des habitants de La Haie Angebaud, jusqu'à la fin du XVIIe siècle. Quelques noms émergent et l'on peut penser qu'il s'agit de métayers, les autres doivent concerner des domestiques.

 

   Deux frères Filloleau font chacun baptiser un enfant et vivent avec leur père qui meurt à La Haie Angebaud, le père et un fils sont dits marchands en 1682 ; toujours à La Haie Angebaud, d'un couple Hervouet-Bureau naissent quatre enfants; deux Guillou agés meurent, dont une épouse Egonneau; un autre Guillou perd sa femme et a un enfant d'un nouveau mariage; trois Egonneau apparaissent sur le registre, deux décès et une naissance d'un couple Egonneau-Orieux; un Méthayer de 85 ans a le privilège d'être enterré dans l'église, une Méthayer, épouse Bureau, nom déjà cité, décède ainsi qu'un Bureau; quelques noms, donc, et sans doute des alliances croisées.

   Dans les premières années du XVIIIe, un couple Padiou-Philaudeau met au monde deux enfants, au moins, car pendant plus de vingt ans suivants le curé ne fait plus mention des villages sur les registres paroissiaux. Des Chagneau-Egonneau (nom déjà cité), présents au début du siècle sont encore là vers 1740. À cette date, Pierre Chanson et Anne Buord, mariés l'année précédente à St-Lumine, ont leur premier enfant à La Haie Angebaud. C'est le départ d'une longue lignée de Chanson à La Haie Angebaud.

 

DÉMANTÈLEMENT DU DUCHÉ DE RETZ

 

   Quatre-vingt-dix ans ensuivant, le duc de Retz François Louis de Neuville, duc de Villeroy, pair de France, maréchal des camps et armées du roy, qui a hérité du duché en 1737, peut-être pressé par des créanciers, a obtenu du roy en 1740 l'autorisation de le "démanteler, aliéner, afféager et accenser".

   C'est grâce à cette disposition que François Réal des Perrières, régisseur général du duché de Retz vend la métairie de La Haye Angibault le 27 octobre 1764 moyennant la somme de 13 300 livres, quitte des lods et ventes, qui sont les droits ordinairement perçus par le seigneur dont relèvent les biens aliénés.

   Voici les principales dispositions afférentes à la vente :

1°/ la métairie est "distraite et désunie" de la châtellenie de la Benaste et attachée à la châtellenie, justice et juridiction de Machecoul,

2°/ elle est sujette à perpétuité aux droits d'aveu, de rachat, de lods et ventes au 1/6 à toutes les mutations, suivant la coutume de Bretagne,

3°/ la métairie contenant environ cent arpents sera soumise à un cens de un denier par arpent, ce qui est 8s 4d, payables à Machecoul chaque fête de Toussaint; le vendeur ne certifie pas la contenance susdite,

4°/ la métairie et dépendances seront exemptées de corvées et de toutes charges et rentes autres que celles ci-dessus, sauf les rentes et terrages qui pourraient être dus à tout autre que le duché de retz,  

5°/ l'entrée en jouissance se fera à la St Marc prochaine car la métairie est présentement affermée à la veuve Goheau des Révelières et à ses sous-fermiers.

 

RICHE FAMILLE RICHARD

 

   L'acquéreure est Françoise Richard, 48 ans, veuve de noble homme Jean Julien Lonchesne, et soeur de Georges Richard qui amassera une fortune en moins de 30 ans, dans l'armement et le négoce nantais. Le sieur Lonchesne était lui-même, de son viavnt, négociant, frère d'un maire de Redon.

    Sans héritiers directs, elle lèguera ses biens à ses neveux et nièces; parmi ceux-ci figurent Pierre Richard de la Pervenchère, maire de Nantes jusqu'en août 1789, et son frère Jean Baptiste Richard de la Roulière. Ce dernier achète en 1780, de l'ultime seigneur de Retz, toutes ses terres et juridictions de la châtellenie de la Benaste, dans les paroisses de St-Colombin, Le Bignon, St-Philbert et la Chevrolière. Françoise paierait donc le cens qui lui est imposé lors de son achat... à son propre neveu.

   Trois semaines après son achat, l'acquéreure mande maître Jalaber, notaire royal à Nantes pour procéder à la prise de possession de La Haie Angebaud. Le procès verbal établi par le notaire, acte habituellement stéréotypé et sans grand intérêt, est très instructif ici car la veuve Lonchesne n'ayant reçu aucun titre de propriété exige du notaire, avant d'accomplir les gestes pour prendre "la réelle et actuelle possession", de procéder à une montrée de ce qui compose la métairie. On apprend ainsi que les métayers en sous-ferme sont en jouissance depuis environ trente ans, ce sont Jean Buord père, Jean et Léobin ses fils, Pierre Chanson et Pierre Chaignaud son gendre. Les bâtiments sont décrits avec précision, puis sont énumérées toutes les pièces de terre et leurs bornages.

 

LES BAUX À FERME  

 

   En décembre 1765, la veuve Lonchesne baille les deux métairies pour neuf ans, l'une à J. Buord, l'autre à P. Chanson et femme, moyennant 310 £/an chacune. Quittons les propriétaires qui n'ont jamais résidé à La Haie Angebaud et recherchons les familles qui y vivaient.

Nous avons vu l'exiguité des logements, quatre pièces dont deux seulement ont une cheminée, accueillent souvent deux générations, donc quatre couples.

 

Le four

 

    Pendant la Révolution, malgré la désorganisation administrative, on parvient à St-Philbert à mener à bien un recensement de population. Il nous en est resté deux listes datées de l'an IV (1795-1796) peu concordantes et franchement incohérentes pour l'âge des personnes; la première donne pour La Haie Angebaud dix noms d'adultes tous natifs de St-Philbert, répartis entre deux familles et trois noms de domestiques; les enfants de moins de 12 ans n'étaient pas mentionnés. La seconde liste, peut-être postérieure, ne recense que dix personnes dont deux domestiques étrangers aux familles des métayers. 

  

   Ces deux familles sont les Buord et les Chanson (recensés Samson !) que l'on a déjà rencontrées lors de l'achat par la veuve Lonchesne et qui affirmaient être exploitants depuis une trentaine d'années, arrivés donc vers 1734 ; la famille Buord est présente à La Haie Angebaud jusqu'au recensement de 1861, puis prend la ferme toute proche de l'Orionnière ; les Chanson, quant à eux seront présents jusqu'à la Grande Guerre et c'est peut-être la mort au combat de Joseph (33 jours avant le 11 novembre 1918) qui décidera de leur départ de La Haie Angebaud, après 180 ans de présence et de labeur de leur famille.

   Comment ces familles ont-elles vécu la Révolution en pays insurgé ? Alexis Chanson, chef de famille et fermier, est tué par les Républicains au village de la Moricière, le 10 avril 1794. Les bâtiments semblent avoir été épargnés par la tourmente des années 1793-1794, si l'on considère qu'en 1812 il n'est pas demandé d'indemnisation, mais l'argument est fragile car de si modestes bâtisses pouvaient fort bien avoir été déjà reconstruites rapidement, et à cette date la métairie était passée en d'autres mains.

 

   En juillet 1798, le bail est renouvelé pour 9 ans par la veuve Lonchesne, pour les vignes le 11 Brumaire (fête de Toussaints), les prés le 14 Pluviose (Purification de la Vierge Marie) et les autres objets le 6 Floréal (fête de St Marc), aux époux J. Buord et Th. Orieux et A. Buord épouse de Louis Prou, cultivateurs, demeurant ensemble dans une des métairies de La Haie Angebaud, et par ailleurs P. Chanson, Louise Béziau veuve de Pierre Chanson, Allexis Chanson et la veuve d'Allexis Chanson (mère), cultivateurs, demeurant ensemble dans l'autre métairie, tant pour eux que pour les enfants mineurs de la dite Patron avec ledit feu Allexis Chanson tué par les républicains le 10 avril 1794. Le fermage est de 450 F/an (310£ en 1764).

    La veuve Lonchesne atteint l'âge vénérable de 91 ans avant de s'éteindre à Nantes, en janvier 1807. En l'absence d'héritiers directs, ses biens vont aux enfants, nés Chardot, de sa défunte soeur cadette, et aux enfants de ses défunts neveux Richard, J. Bapt. de la Roulière, mort en prison à la Révolution et Pierre de la Pervenchère. Les héritiers s'accordent pour vendre la métairie de La Haie Angebaud en l'audience des ventes judiciaires du 14 novembre 1810. Le cahier des charges fournit une description détaillée des bâtiments qui n'ont pas changé notablement depuis 1764, chacune des quatre pièces a maintenant une cheminée. (voir annexes)

 

VENTE AUX ENCHÈRES - CHERE HAIE ANGEBAUD

 

   L'adjudicataire est le sieur Joseph Guichet, marchand de vin à Pont Rousseau, pour le prix de 40 300 F., sur une mise à prix de 15 000 F. et une estimation de 20 920 F. C'est dire si la lutte a été acharnée, avec pas moins de six avoués portant les surenchères.

   La métairie restera désormais dans sa lignée directe jusqu'à nos jours.  Pour une meilleure compréhension, consultez le tableau généalogique ci-après.

 

   L'achat est fait pour entrer dans la communauté qui existe avec son épouse Françoise Catherine Pellerin. Les époux Guichet demeurent à Nantes, rue Dos-d'Âne, c'est-à-dire outre-Loire dans la rue qui mène au pont Rousseau sur la Sèvre ; le hameau du Pont-Rousseau dépend de Rezé.

 

   Joseph Guichet a 57 ans quand il achète La Haie Angebaud. Il conserve les mêmes fermiers; il est à remarquer que de longue date La Haie Angebaud est exploitée en fermage et non en métayage. Il meurt en 1820 laissant deux enfants, Urbain qui a dû prendre la suite du négoce de vins, et Marie Louise, mariée à Joseph Guillaume Blanchard. Tous habitent à Pont-Rousseau.

   Dans  la déclaration de succession, la métairie est estimée d'un revenu de 1400 F/an plus quelques redevances, somme que l'Administration multiplie par vingt pour obtenir un capital de 28520 F. Ceci appelle deux remarques : premièrement le fermage est passé de 450 à 700 F/an, dénotant soit une forte inflation monétaire, soit un mauvais état de la propriété en 1798 ; deuxièmement, même en admettant que le mode de calcul du capital soit favorable au contribuable, la métairie, achetée 40 300 F., a été surpayée ; doit-on y voir une frénésie d'achats de biens fonciers liée à la déroute des assignats ? Bien longtemps après, on spécifiera toujours sur les actes de vente le paiement "en espèces métalliques et non autrement".

 

DE GUICHET EN BLANCHARD PUIS EN GOURDON

 

   Au décès de leur mère, née Pellerin, en 1826, Urbain et Marie Louise recueillent la seconde moitié de la métairie qui lui appartenait comme bien de  communauté. Ils procèdent à un partage de la succession en octobre 1827 ; Marie Louise, veuve Blanchard depuis 1821, reçoit La Haie Angebaud.

 

   Au printemps 1832, la duchesse de Berry, au nom de son fils, héritier légitime du roi déchu Charles X, tente de soulever ses fidèles, anciens combattants de la Vendée Militaire et leurs descendants. Dans le canton de St-Philbert, de La Robrie, Pitard du Landas, répondent à l'appel et recrutent dans les campagnes. La brigade de gendarmerie départementale de Pont-James dénombre les insurgés sur son registre de rapports et en trouve trois à La Haie Angebaud. On sait la fin rapide de ce soulèvement.

 

   Les époux Blanchard-Guichet ont eu deux fils qu'ils ont nommés Joseph et Ferdinand. En 1844, à 32 ans, l'aîné Joseph est avocat à Nantes, il se marie à Sophie Mervau demeurant chez sa mère à St Gilles. Ferdinand est célibataire et le restera sa vie durant.

    La Haie Angebaud appartient encore pour longtemps à leur mère qui renouvelle en 1872 les baux des deux fermes, pour cinq ans, aux fermiers en place, les Bachelier et la famille Chanson. Le fermage total est maintenant de 4 300 F., redevances comprises. C'est la dernière fois qu'elle accorde un bail, puisqu'elle meurt avant l'échéance de celui-ci, en Juin 1876.

Les frères Blanchard ont déjà recueilli trois héritages du coté Blanchard, il s'y ajoute, pour lors, le coté Guichet, dont la métairie de La Haie Angebaud. Les baux sont renouvelés pour sept ans en 1878, avec une augmentation du fermage de 5% ;  les "subsides" sont détaillés : dix forts poulets, dix forts chapons, deux décalitres de haricots de Soisson et un hectolitre de blé noir. Chez les Bachelier on compte deux frères et cinq soeurs entre 26 et 37 ans, apparemment tous célibataires, chez les Chanson, quatre enfants de 11 à 16 ans.

   Les frères Blanchard, Joseph et Ferdinand, sont restés en indivision. Joseph meurt le premier à 67 ans et ses héritiers, ses enfants Yves et Hortense jugent bon de faire cesser cette indivision, un partage a lieu en 1880. Ferdinand reçoit La Haie Angebaud. Il en restera seul propriétaire jusqu'à sa mort advenue en Juin 1902, à l'âge de 84 ans. Célibataire et sans postérité, il lègue La Haie Angebaud, déclarée contenir 61,5 ha, à ses petit-neveu et petite-nièce, Rogatien et Clotilde Gourdon, enfants d'Hortense, fille de son frère Joseph.

 

ANNEXES

 

LES FAMILLES DE FERMIERS

 

       En 1764 Mme veuve Lonchesne achète les deux métairies de La Haie Angebaud et trouve en place Jean Buord et ses fils Jean et Léobin dans l'une, Pierre Chanson et Pierre Chagnaud, ses gendres, dans l'autre. Jean Buord père déclare alors être dans les lieux depuis une trentaine d'années. Il demeurait auparavant à Saint-Lumine-de-Coutais où étaient nés six enfants, le dernier, Léobin en 1728. Jean Buord fils est âgé de 52 ans et Léobin de 36 ans. Leur soeur Anne a épousé Pierre Chanson en 1739.

     En l'an IV (1796) le premier recensement nominatif de population a pu avoir lieu bien que l'ordre public soit encore précaire dans les campagnes alentour. Il n'est terminé qu'en 1797. On retrouve bien les mêmes familles Buord et Chanson.

 Jean Buord et sa soeur Anne, enfants de Léobin ci-dessus viennent de se marier, Anne avec Louis Prou, Jean avec Thérèse Orieux. Les deux couples sont recensés à La Haie Angebaud.

Coté Chanson, ce sont deux veuves qui sont présentes à La Haie Angebaud en l'an IV. Louise Béziau, veuve de Pierre Chanson, abrite sous son toit ses trois enfants, Françoise, Pierre et Joseph; on ne les retrouvera pas en 1836. L'autre veuve est Anne Patron, mariée en 1773, et qui a perdu son mari Alexis tué par les "colonnes infernales" en 1794; son fils Alexis est présent en l'an IV et c'est sa lignée qui va tenir l'une des deux métairies jusqu'à la fin de la guerre de 1914-1918.

     En 1836 est effectué le premier recensement de la série systématique tous les cinq ans. Ces recensements nous permettent de connaitre périodiquement la résidence des habitants et leurs déplacements dans une forchette de cinq ans.

Qui retrouve-t-on à la Haie Angebaud en 1836 ? La métairie Buord est tenue par Thérèse Orieux (1764-1836), veuve Buord, qui meurt dans l'année, et ses trois enfants, Jean, Philbert et Marie. Jean, l'ainé (1798-1871) restera célibataire et travaillera à La Haie Angebaud jusqu'en 1861, date de départ des Buord. Marie n'est présente qu'en 1836, elle se marie en 1841. Philbert (1802-1876) est présent comme son frère jusqu'au recensement de 1861; il s'est marié avec Marie Chanson, sa cousine de l'autre métairie.

     La métairie Chanson est tenue par la famille d'Alexis fils, né en 1775 et mort en 1848. Sa femme Marie Papin meurt en 1845. Ils ont eu sept enfants dont quatre vont résider à La Haie Angebaud. Marie l'ainée est celle que nous avons vue mariée à Philbert Buord de l'autre métairie; Suzanne est mariée à Louis Prou qui meurt en 1869; leur fille Séraphie s'est mariée en 1867 avec Philbert Amiand. le jeune couple vit et travaille à La Haie Angebaud où il est recensé en 1871 puis disparait.

 

Philbert Chanson, né vers 1817, l'ainé des garçons, est chef de famille et restera célibataire ; en 1891 il a donc 73 ans et a passé la main à son jeune frère Louis depuis au moins 1881. Celui-ci est né vers 1823, s'est marié avec Marie Giraudeau. Ce sont Louis et Philbert qui sont désignés dans les baux de 1872 et 1878. En 1901 Louis est encore désigné chef de famille mais ses fils puis son gendre tiennent la métairie depuis longtemps. Son fils Philbert quitte jeune l'exploitation parentale ; son autre fils Louis n'est plus là en 1901 avec sa femme et ses trois filles. Sa fille Marie s'est unie à Charles Chanson né vers 1859, ce seront les derniers Chanson à La Haie Angebaud. Ils ont douze enfants recensés en 1911 ; en 1918 ils sont encore présents lorsque leur fils Joseph est tué à la guerre, et en 1921 sont arrivés les Eveillard.

 

   Nous avons vu le départ des Buord entre 1861 et 1866 pour l'Orionnière. Les nouveaux preneurs François Bachelier et Jeanne Thibault sa femme, à 53 ans, ne sont pas jeunes mais ils ont sept enfants agés de 10 à 24 ans, dont deux fils Vincent et François, 24 et 20 ans. En 1876 Vincent est dit chef de famille, les sept frères et soeurs maintenant tous adultes sont restés célibataires. En 1881 Marie a épousé Honoré Morisson ; ils se cotoient depuis l'arrivée des Bachelier puisque Honoré est alors domestique chez les Chanson. En 1886 les Bachelier sont partis sauf Marie, 39 ans épouse Morisson et Philomène Bachelier, 33 ans qui s'est mariée avec Félix Giraudet 37 ans.

 En 1896, on compte cinq enfants Morisson, trois Giraudet et six enfants Chanson, 14 enfants à La Haie Angebaud! Les Giraudet partent avant 1901, laissant la ferme aux époux Morisson et leurs cinq enfants. En 1911 les enfants ne sont toujours pas mariés, le plus jeune doit faire son service militaire. Il n'y a pas de recensement en 1916 en raison de la guerre et en 1921 on ne retrouve ni Chanson ni Morisson.

 

   Sont arrivés les époux Joseph Goyaux, de Touvois où sont nés leurs cinq premiers enfants, la petite dernière naissant à St-Philbert en 1920, agée de onze ans de moins que la soeur qui la précède. Installation de courte durée, car en 1926 la famille Airiau est à leur place, Mathurin 55 ans, son épouse née Eugénie Michaud et quatre enfants présents, de 16 à 26 ans. Ils ne sont plus là en 1936.

   Auguste Eveillard et Marie Tourneux, sa femme, prennent une des deux fermes en 1920 ; ils viennent de la Pibrie à Fresnay, ferme de la famille Tourneux. Leur fils Maurice a 14 ans et leur fille Marie-Thérèse 12 ans ; Maurice se marie avec Germaine Giraudeau de la Toupetière vers 1928 et Marie-Thérèse prend pour époux Ferdinand Gravouil. Dans les mêmes temps, les parents Eveillard achètent une maison et 13 ha de terres, non loin, à la Guibretière, mais ils restent habiter à LHA où ils sont recensés encore en 1931 et 1936. A cette dernière date au plus tard, la famille Eveillard se retrouve à la tête des deux fermes. Le père a 57 ans, il part à la Guibretière, laissant une ferme à son fils Maurice et l'autre à son gendre Gravouil.

 

   Vingt-cinq ans plus tard, Maurice quitte la terre pour l'hôtellerie. Nous sommes en 1961, Jean et Paul ses fils, âgés de 27 et 25 ans, prennent la ferme dans laquelle ils travaillent depuis longtemps déjà. Deux ans après, les Gravouil quittent l'autre ferme, aussitôt reprise par Paul Eveillard qui y travaillera jusqu'en 1991. Ces fermes qui traditionnellement pratiquaient l'élevage du bétail, ont infléchi leur production, l'une vers le lait, quand des laiteries artisanales sont apparues alentour, l'autre vers la vigne à l'initiative du propriétaire M. Leroux. Gérard Eveillard succède à Paul son père, et l'exploitation viticole de Jean est menée depuis 1996 par André-Jean Gourvès, vigneron.

 

 

LES BÂTIMENTS D'HABITATION ET DE SERVITUDES

 

La longère d'habitation est orientée NNE-SSW

 

   Voici la description écrite des lieux en 1764 : les logements consistent en quatre chambres basses dont deux avec cheminée, un four à un des bouts et jardin derrière ; en face de cette maison, séparée par une voie, est une grange et des deux cotés une taiterie en apentif ; à coté de la grange et séparé par une voie on trouve un cellier et, à suivre en revenant vers la maison, plusieurs bâtiments servant de cellier et taiteries, un jardin derrière ces bâtiments et un troisième jardin derrière la grange, le tout contenant avec les aires, mulonniers, rues et issues au devant et entre lesdits logements, un arpent 76 cordes.

   Cette description est presque intégralement illustrée par le plan cadastral  ci-dessus, dressé en 1842. On reconnaît au n°1527 la longère de logements (imposable pour trois ouvertures à l'impôt des portes et fenêtres) et derrière, le jardin 1526 appelé le Jardin Gogaille, qui signifie dans la vieille langue du Moyen Âge : le jardin où tout pousse bien ; le bâtiment carré est la grange avec ses deux appentis latéraux ; la parcelle 1530 est le jardin derrière la grange, appelée le Jardin des Abeilles ; la parcelle 1528 est l'ancien cellier devenu habitation (à trois ouvertures imposables) et en revenant vers la longère on trouve un autre cellier et étable ; derrière cette suite de bâtiments s'étend la parcelle n° 1525 appelée Jardin, sans autre qualificatif.

 

 

   On remarque qu'il n'y a pas de logement de pressoir, en fait le domaine n'a que peu de vigne, 1,85 ha en 1842. Cette vigne s'appelle Vigne des Friches : effectivement en 1623 il n'y avait pas de vigne à cet endroit mais une grande pièce de terre labourable contenant environ 6 ha, qui portait le nom de Freuche, la friche qui avait précédé la mise en valeur constatée en 1623. D'ailleurs s'il y avait eu des vignes, la vendange aurait été envoyée au pressoir banal du seigneur de Retz, très probablement situé au village du Moulin-Etienne, où se trouvaient également les moulins banaux.

   En 1876, Mme veuve Blanchard décède et La Haie Angebaud échoit à ses deux fils. Chez les fermiers Chanson, on compte 3 adultes, 4 enfants et 3 domestiques ; chez les Bachelier il y a 7 frères et soeurs adultes et 2 domestiques ; la longère d'habitation n° 1527 est bien trop exiguë et de bonne heure on a dû occuper une partie du bâtiment n° 1528 à usage de cellier en 1843.

Les frères Blanchard, nouveaux propriétaires, font modifier ces deux maisons, le nombre total d'ouvertures imposables passe de six à douze et la base d'imposition est fortement augmentée, ce qui donne lieu par ailleurs à une réclamation de la part des propriétaires et à une baisse du nouveau revenu cadastral. Ces transformations sont achevées en 1878.

   En 1937, le plan cadastral nous montre les bâtiments tels qu'on peut les voir actuellement,; la longère d'habitation a disparu laissant la place à un hangar, une nouvelle longère de logements a été construite, en grande partie sur l'ancienne cour et sur le Jardin des Abeilles, une boulangerie et four sont apparus derrrière les logements et à l'Est un vaste bâtiment nouveau double les étables joignant l'ancienne grange, qui devaient jusqu'alors abriter en commun tout le bétail des deux fermes. Le bâtiment n°1528 a été allongé vers le Nord-Ouest ; tout au bout se trouve l'écurie, et le bâtiment abrite deux pressoirs, un pour chaque fermier.

 

   Il nous est impossible de dater de façon certaine la construction du bâtiment d'habitation actuel, pas plus du témoignage de la propriétaire que de celui des anciens fermiers. À défaut, nous avancerons les pemières années du XXe siècle.

                          

                           Jean-Louis GOURVES

 

SOURCES

 

- Histoire de St-Philbert de Grandlieu. G. Brunellière. 1986

- Fonds Héry. Maison de l'histoire, Société des historiens du Pays de Retz. La Bernerie

- Bulletin de la Société archéologique et historique de Nantes 1950 : généalogie Richard

- P. Levot. Biographie bretonne.

- Archives départementales de L-A.

B1816, B844, B1855, B1912 / 1E732, 1E737, 1E749 / E490 / minutiers de notaires :

4E2.1110 / 4E28.72 / 4E33.3 / 4E50.63, 4E50.65, 4E50.147 / 7U103

Mutations par décès bureau de Nantes : 3Q16.4985, 3Q16.6067, 3Q16.6077 et 6266

bureau de Rezé : 3Q25.942, 1012, 1015, 1025, 1045. bureau de St-Philbert de Grandlieu

3Q29.380, 382, 451, 453, 487. transcription hypothèques 2Q17838

 

 

 

                                                                  



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