LAMORICIERE

Depuis 1969, une statue trône fièrement à côté de l'église paroissiale. Celle du Général de Lamoricière, enfant du pays, rapatriée d'Algérie en 1962 et transférée à Saint-Philbert de Grand Lieu, grâce au maire de l'époque, M. PENNETIER.

 

 

              LAMORICIERE,

  L’HOMME DES CARREFOURS.

 

Statue du Général de Lamoricière érigée à Saint Philbert de Grand Lieu en 1969,

et précédemment positionnée dans le centre de Constantine (Algérie) de 1909 à 1962

 

    Le visiteur de Saint-Philbert de Grand Lieu ne peut manquer de croiser, près de l’église paroissiale, la silhouette belliqueuse qui surgit, le sabre à la main, d’un homme du XIXème fermement décidé à traverser éternellement un carrefour paisible.
    Si le même visiteur rentre dans l’église, il sera surpris, en admirant les magnifiques vitraux dans la partie sud du transept, d’y reconnaître un militaire offrant son épée à un Pape.
    Ainsi le XIXème siècle nous interpelle. Et si toutes les époques ont amené à l’Histoire leurs lots de conflits et d’événements, celui-ci a été probablement le plus riche en France, en Europe et dans le monde, dans le domaine de l’évolution des idées, des sciences et de la politique.Sa connaissance éclaire notre époque par ses similitudes, ses espoirs et ses erreurs.
    En un siècle en France : 8 régimes politiques ! 2 empereurs, 3 rois, 3 républiques, avec 3 révolutions et 3 constitutions !!! Un accouchement difficile pour une démocratie !
    Il faut donc imaginer, en arrière-plan, un quasi-perpétuel bouillonnement.


    L’homme du carrefour et de l’église s’appelle Christophe Louis Léon JUCHAULT de LAMORICIERE et nous allons l’accompagner dans la visite de son siècle, les contextes, les personnages et les courants de pensées qu’il a croisés.

 

PREMIER CARREFOUR : LA FAMILLE


     Léon est né à Nantes.

     Son père, Sylvestre de Lamoricière, est issu d’une longue lignée aristocratique de Saint-Philbert de Grand Lieu dont la famille possédait une bonne part de l’ouest de la commune (Familles Juchault des Jamonnières, Juchault de Lamoricière). A l’instar de son père qui a servi dans l’armée de Condé, Sylvestre, à 16 ans, s’était battu parmi les chouans aux côtés de Charette et Bourmont. En 1796 la quasi-totalité du domaine familial est donc confisqué comme bien national. Ne reste à Sylvestre que la chapelle familiale du Chaffault, située dans le cimetière communal, qui lui vient de sa grand-mère née Du Chaffault. Donc papa est royaliste, mais ruiné.
        Chez Maman, Désirée, c’est tout le contraire ! Son papa, Joseph ROBINEAU de BOUGON commandait en 1793 la cavalerie républicaine de Nantes ! Mais dès 1791, il a commencé à acheter des biens confisqués aux émigrés dans la commune du Louroux-Béconnais (entre Nantes et Angers), d’abord l’abbaye de Pontron et le château du CHILLON avec les fermes, les deux moulins, les quatre étangs et puis, petit à petit, 1300 hectares d’un seul tenant (la moitié de la commune), soit 32 fermes ! Donc, républicain mais très riche ! Il avait épousé Melle de l’Esperonnière de Vritz. Conséquences : 3 fils et une fille.


         En fait, les deux familles bien que d’idées différentes se connaissent depuis longtemps. Les grands-parents ROBINEAU et du CHAFFAULT sont même très voisins sur la commune de Bouguenais (château de Bougon et château du Chaffault).
 

        Sylvestre et Désirée se marient en 1805, Napoléon Ier étant à la tête de la France. Christophe-Louis Léon naît le 6 février 1806, à Nantes, à l’Hôtel de Goulaine, rue d’Argentré : fruit, sous l’Empire, du croisement du sang monarchiste et du sang républicain. Premier carrefour. Détail important pour la suite de sa vie. Fin de l’Empire et arrivée de Louis XVIII en 1814.(Au passage, rassurez-vous, grâce au mariage, Sylvestre, désormais consacré aux bonnes oeuvres, a pu racheter avec l'aide de ses soeurs la plus grande partie des terres des Lamoricière à Saint-Philbert, mais décède en 1821).
    Les séjours de l’enfant alternent donc entre Nantes et St-Philbert et surtout le domaine du Chillon où il passe une grande partie de sa jeunesse avec comme précepteur un prêtre réfractaire !  Grand-Père ROBINEAU est un républicain dynamique mais tolérant et libéral.

 

                                      

  Château du Chillon


        Léon part ensuite poursuivre ses études à Nantes au Collège Royal (ancêtre du Lycée Clémenceau) où on le signale « petit, râblé, musclé, très adroit et d’une nature bouillonnante ». Il y prépare Polytechnique (comme l’ont fait avant lui deux des frères de maman) où il est admis en 1824, année de la mort de Louis XVIII et de l’arrivée de Charles X.

 

DEUXIEME CARREFOUR : POLYTECHNIQUE


        A tout hasard, je rappelle que le symbole de l’Ecole Polytechnique est l’X ! Comme un carrefour ! En fait, le croisement de 2 canons. Cette belle école, créée en 1794 et militarisée par Napoléon en 1804, est destinée à former une élite d’ingénieurs de haut niveau dont la France a besoin dans tous les domaines civils et militaires.
        Léon est un très bon étudiant. Il s’y crée des amitiés qu’il conservera toute sa vie. Une rencontre fondamentale va structurer son existence : l’un de ses précepteurs à la pension Lecomte est Auguste COMTE, ex-secrétaire de Saint-Simon, le père du positivisme, mais surtout l’un des premiers Saint-Simoniens.
        La doctrine saint-simonienne est sans conteste l’idéologie qui va influencer toute l’élite de la société française du XIXème, à dater de ces mêmes années, dans tous les domaines. Et l’Ecole Polytechnique en sera toujours l’un des principaux creusets fondateurs au vu de la diversité des sujets abordés.
        Des sujets qui conviennent parfaitement à l’esprit des étudiants de Polytechnique de 1824 puisqu’on leur enseigne à organiser, calculer, planifier le développement de la vie de la société française. Léon, à l’esprit ouvert et indépendant, est d’autant plus concerné que la pratique religieuse a disparu de son planning et qu’il est plutôt détaché des influences légitimistes d’une partie de sa famille. C’est donc un « technocrate » impatient de faire ses preuves qui sort de Polytechnique en 1826 au 4° rang sur 102 élèves, entre comme élève sous-lieutenant à l’Ecole d’application de l’artillerie et du génie de Metz et en ressort en 1829 au 1er rang sur 26 élèves avec le grade de Lieutenant. Il est affecté ensuite au 3ème régiment du Génie à Montpellier. Il souhaite chercher du service loin des contingences habituelles. Tant mieux pour lui car le roi Charles X lance une opération de maintien de l’ordre (déjà !) en Algérie.


        Léon est ravi, il a 24 ans et sa fougue saint-simonienne est totale. L’Algérie va être la passion de sa vie, il va y vivre 17 ans et y effectuer 18 campagnes !

 

TROISIEME CARREFOUR : L’ALGERIE (cf. Annexe 2)

 

 

 


        Léon débarque avec ses camarades sur la plage de Sidi Ferruch, près d’Alger, le 13 juin 1830. La place d’Alger est prise le 5 juillet. Les premiers soldats pénètrent par la grande porte de la citadelle en passant devant les têtes fraîchement coupées de leurs camarades capturés quelques heures avant … Bonjour l’ambiance ! Et c’est, bien sûr, Léon qui pose le drapeau français sur le Palais du Dey ! Sa conduite lui vaut dès le 1er novembre 1830 d’être nommé capitaine.
        Il arrive dans un pays à recréer puisque le départ des fonctionnaires turcs et de l'organisation ottomane dévoile un fonctionnement totalement étranger à l’esprit français, des comportements tribaux, avec des populations nomades, parfois sédentaires, des relations coutumières ou familiales incompréhensibles, des règles à déchiffrer, des faux titres de propriété, des escarmouches imprévisibles !!!
        En 1831, Louis-Philippe crée l’armée d’Afrique. Léon est chargé d’organiser le premier Corps des Zouaves qui intègre aussi bien des indigènes que des soldats français. Leur nom provient d’une tribu kabyle proche : les Zouaouas et leur uniforme très original est très majoritairement conçu par le Capitaine Lamoricière, s’inspirant du style des mameluks ottomans ! Une chéchia garance, une veste bleu foncé, courte et ajustée, sans boutons, un gilet sans manches en drap bleu foncé, une large ceinture de toile bleue longue de 3 m à enrouler, un pantalon bouffant, de couleur rouge ou blanche, pour aérer les jambes, et des guêtres ou jambières … Et puis marche ! Sauf en traversant les oueds emplis d’eau… où là se crée une énorme poche ingérable ! Léon se saisit aussitôt d’une paire de ciseaux et taille un trou dans le fond des pantalons !!! L’eau s’écoule. C’est le TROU DE LAMORICIERE, magnifique invention qui nous permet d’affirmer désormais aux yeux du monde entier et pour les générations à venir que le premier homme à avoir mis sa main dans la culotte d’un zouave était Philibertin !!!

 

                             

La couleur garance voulue par Charles X est omniprésente dans les uniformes


        Cet uniforme original se retrouvera décliné dans différents pays et jusqu'en 1914 dans les froides et boueuses plaines du nord de la France… avec toujours ces fameux pantalons rouge garance souhaités par Charles X, si utiles pour reconnaître ses copains au combat à travers la fumée, mais, meurtriers, car trop visibles après la disparition de la poudre noire en 1886 (certains militaires intelligents demanderont dès 1870 l’abandon de cette couleur vive mais mortelle. Mais, avec l’inertie administrative habituelle ajoutée au lobby des producteurs de garance qui fait vivre des milliers de petits paysans, surtout dans le midi, et au vu de l’importance des stocks, cette belle garance provoquera la mort inutile de dizaines de milliers de pioupious français de 1870 à 1915, puisque la décision de l’abandonner ne sera prise qu’en juillet 1914 …)
        Lamoricière fera de ses zouaves une troupe d’élite.
        Mais Lamoricière n’est pas qu’un simple guerrier. Contrairement à la plupart de ses collègues,   assurés « d’être aux limites où finit la civilisation et où la barbarie commence », qui considèrent rapidement les arabes comme des sauvages sanguinaires, ingérables et malhonnêtes, il s’intéresse immédiatement à la découverte de ce pays et de ses habitants. Il apprend tout seul la langue arabe et les dialectes, utilisant des carnets pour tout noter. Très vite, il parvient à communiquer avec les indigènes sans l’aide d’un interprète. Se créant précieusement un dictionnaire, et déambulant dans les rues sans aucune arme, en simple vareuse et sans épaulettes, il se mêle à la population locale. Observer, discuter, puis écrire pour travailler sera toujours sa ligne de conduite.

 

           Il a fière allure... Moustache et cheveux longs, remplaçant sa casquette par une chéchia rouge, on le surnomme Bou Chéchia (l’homme au chèche) à Alger, et Bou Arona (le père la trique) à Oran car il n’hésite pas à menacer l’indigène fautif avec la canne qu’il ne quitte pas.(une canne, car en réalité Léon souffrira toute sa vie de crises de goutte). Mais il est très respecté car il est le seul « blanc » à écouter les Arabes et à s’intéresser à eux.

        Bien sûr, agacé par les atermoiements du pouvoir et réalisant la totale méconnaissance des hommes politiques au sujet du pays, il rédige de nombreux rapports transmis par la hiérarchie au ministère sur les sujets les plus divers (us et coutumes du pays, état de la société arabe, études de cultures et projection de productivité, nécessité de créer et viabiliser de nouvelles voies de communication, l’urgence d’établissements sanitaires, de nouvelles zones d’habitation, etc …).

Léon beau gosse vers 1832

                                                          A chaque fois, il sait chiffrer les coûts et les amortissements. Il découvre le Coran qu’il finit par considérer supérieur à la Bible et attire l’attention sur un élément absolument incontournable : rien ne pourra se faire dans ce pays si l’on n’y intègre pas le fait religieux islamique totalement prédominant dans l’esprit des indigènes ! La religion étant la seule idée commune que les arabes possèdent, c’est en son nom qu’on les réunira.(Il lancera cependant 16 ans plus tard des appels aux autorités religieuses françaises, réclamant instamment l’envoi de prêtres et de religieuses pour accompagner les colons et faire contrepoids à cet islam trop présent).


        Pour lui cette colonisation est évidente. Dès 1832, il écrit « Notre présence doit avoir un sens en Algérie : importer des idées. » Le pays peut être très riche, non seulement en subvenant largement aux besoins de ses occupants, mais en générant une véritable économie productive et exportatrice de richesses pour y permettre le développement d’une société harmonieuse différente de celle de la métropole. Il ne faut pas perdre davantage de temps, et surtout ne pas en laisser la gestion aux militaires ! Fidèle à ses idéaux saint-simoniens, il souhaite l’arrivée de capitaux d’investissements, d’entrepreneurs et de colons motivés et, par l’exemplarité, parvenir à une cohabitation pacifique puis associative puisqu’il réalise que, dans un premier temps, les arabes ne sont pas demandeurs. Il faut regrouper les habitants, réorganiser des villages.Il est écouté, mais trop peu, car Louis-Philippe n’a nullement l’intention d’engager ce genre de travaux ni d’encourager particulièrement l’arrivée de colons. Mais, fin 1833 lors de la création du premier Bureau Arabe par le Général Avizard, il en est naturellement nommé Directeur grâce à sa parfaite connaissance des hommes, des usages et des lieux. Son rôle est de traiter les affaires indigènes, d’observer journellement la situation du pays, de s’inquiéter des besoins de la population, et d’organiser les marchés de vivres. Fin 1834, il a déjà des velléités de venir à la Chambre interpeller les politiques au sujet du destin de l’Algérie.

 

                           

   Gravure représentant le Général de la Moricière (Maurice TOUSSAINT)


        Sa carrière militaire pendant cette longue période sera éclatante. Il est nommé Chef de Bataillon (Commandant) en 1833, lieutenant-colonel en 1835, Maréchal de camp (Général) en 1840, Lieutenant-Général (3ème étoile) en 1843, et Gouverneur de l’Algérie par intérim en 1845 ! Des promotions exceptionnellement rapides pour son âge et l’époque, mais justifiées !
        En 1832, une tribu proche se soulève et défie Lamoricière. Lui, contre l’avis unanime de ses camarades, accepte le rendez-vous, et s'y rend à cheval, absolument seul. Au bout de plusieurs kilomètres il ne découvre personne à l’heure fixée et continue encore… Il voit alors arriver, droit vers lui, au grand galop, une centaine de cavaliers, sabre à la main, poussant leurs cris de guerre ! Inquiétant ! Mais Léon pique des deux et les charge !! A l’ultime seconde, face à face… arrêt … grands nuages de poussière et encerclement … Regards mutuels … palabres pendant une heure et … félicitations du chef arabe pour son courage ! Fin du soulèvement.
        Le 7 octobre 1835, à Mouzaïa, une colonne militaire est accrochée par les cavaliers Hadjoutes. Un brigadier et un lieutenant tombent, isolés des autres et, blessés, à terre, à moitié allongés, se défendent sans aucune chance. Lamoricière réalise la situation rapidement, fonce, charge seul au sabre une trentaine de cavaliers, saisit le lieutenant BRO par le col de son spencer tout en continuant à se battre et le pose sur son cheval !

 

           

 

         Lamoricière lors de la prise de Constantine le 13 octobre 1837

 

        Lors de la prise de Constantine, le 13 octobre 1837, à 7 heures du matin, c’est encore lui qui le premier s’élance sur la brèche devant ses zouaves, en face d’un feu nourri, tel que le représente notre statue (édifiée plus tard à l’endroit même). L’explosion d’une poudrière le recouvre de pierres et de gravats. Ses zouaves le récupèrent de justesse, quasiment aveugle, brûlé et un peu cabossé de partout.
        Le quotidien militaire de Léon n’est pas de tout repos. Mais il faut reconnaître à Lamoricière tout au long de sa vie, un courage physique véritablement exceptionnel ! Et une endurance qu’il imprime à ses zouaves pour des déplacements souvent longs mais rapides et lors de combats rapprochés. Il s’agit de combats plus ou moins importants, plutôt sporadiques, de guérillas, de poursuites contre les tribus qui se pacifient parfois. Abd-El-Kader est un adversaire très intelligent et tenace, très humain, préférant toujours l’échange des prisonniers à leur massacre (hormis une seule bavure en 1840, commise par l’un de ses lieutenants). Tout va changer avec le retour de Bugeaud en 1841.
    Sous la pression des colonistes excédés par la question algérienne qui traîne en longueur, les traités non respectés par Abd-El-Kader et la France, et l’insécurité qui écarte les investisseurs et gêne les colons, Louis-Philippe fait nommer BUGEAUD gouverneur général de l’Algérie en 1840 avec pour mission de régler le problème. Bugeaud a d’ailleurs prévenu la chambre qu’il s’estimait être le seul à pouvoir le faire (« 100.000 soldats, 100 millions, 7 ans ! »). Le jour même de son retour à Alger le 22 février 1841, il adresse une proclamation aux européens d’Algérie expliquant qu’il avait été l’adversaire de la conquête absolue mais que désormais il s’y consacrerait tout entier, et une autre proclamation à l’armée en indiquant que son but n’était plus aujourd’hui de faire fuir les arabes mais de les soumettre. C’est le début d’une guerre totale.
        Bugeaud va disposer effectivement de 100 000 hommes et de son expérience de la dure campagne d’Espagne où les Français n’ont pas laissé un bon souvenir. Sous ses ordres, il a maintenant des officiers parfaitement entraînés sur le terrain, « les Africains », dont Changarnier, Cavaignac, Bedeau, Lamoricière. Il créée des colonnes mobiles qui ravagent le pays, des colonnes infernales …Il serait trop long ici de relater cette période, probablement la plus sale de notre Histoire. Il est impossible d’en lire les récits, par les officiers eux-mêmes, sans ressentir une incroyable nausée ! (cf : annexe). Il ne s’agit pas d’une guerre, mais de massacres sur une grande échelle où le mot « crimes de guerre » paraît trop faible ! Pour neutraliser les troupes d’Abd El Kader les militaires rasent les villages, brûlent absolument tout, éventrent et décapitent TOUS les habitants sans distinction, y compris les prisonniers. C’est une politique de terre brûlée à la lettre. Lorsque les villageois fuient et se réfugient dans les grottes, les soldats en obstruent l’entrée avec des roches, du bois, et y mettent le feu sous les ordres de Pelissier, Saint-Arnaud et d’autres, encouragés et félicités par Bugeaud. Les « enfumades » ! Parfois 300 morts, 500 ici, 800 là !!! Et très peu de victimes chez les soldats.

          Toutes les graines qui vont germer en 1954 sont donc semées dès 1841....
        A Paris et à l’étranger, on s’indigne de ces procédés. Interpellé à la Chambre des Pairs, Bugeaud en assume pleinement la responsabilité et répond au ministre : « Et moi, je considère que le respect des règles humanitaires fera que la guerre en Afrique risque de se prolonger indéfiniment ». Et c’est tout. Il propose sa démission et Louis-Philippe la refuse. Lamoricière exécute lui aussi les ordres, sans doute de façon « plus humaine » puisqu’il épargne au moins femmes et enfants. Il est le grand spécialiste des razzias de vivres et de bétail … et parvient à obtenir la reddition de plusieurs tribus pour affaiblir les soutiens de l’émir Abd el Kader.
        L’échéance arrive en 1847. Bugeaud vient de partir. Abd-El-Kader est à genoux, épuisé, de plus en plus seul et se rend aux Français. Mais c’est seulement avec le Général Lamoricière, homme de parole, qu’il veut traiter et c’est à lui qu’il remet son yatagan. Lamoricière lui remet son épée et donne sa parole au nom de la France. Le lendemain le Duc d’Aumale confirme l’engagement du général et reçoit la reddition du chef arabe. Fin de la partie pour Abd el Kader que l’on emmène 2 jours après, avec un arrêt prolongé de 5 ans, suite au changement de régime imprévu en France

 

        Ainsi, le gentil Abd-El sera, durant ces années, logé avec sa famille et sa suite (90 personnes) à Toulon, puis à Pau, enfin à Amboise. Libéré par Napoléon III en 1852, et enfin déposé en Syrie où il finira sa vie en sage religieux soufiste, poète et philosophe, il parviendra même à sauver la vie de plusieurs milliers de Français à Damas lors des révoltes. La France lui versera une pension annuelle très rondelette toute sa vie, ainsi qu’à ses descendants jusqu’à une époque très, très, récente !!

 

QUATRIEME CARREFOUR :1848

 

        Une année cruciale pour Léon. Encore des déchirements, des décisions terribles, un grand carrefour de sa vie et de l’Histoire de France.
Vous avez compris que Léon est « l’Homme pressé » … Actif et entêté !
        Il a quitté l’Algérie, pour la dernière fois, sur une victoire contre Abd-El-Kader, la tête couverte de lauriers mais insatisfait des circonstances et du résultat. Il a mené cette sale guerre mais il ne l’a pas souhaitée, et pour lui les problèmes du développement de l’Algérie ne sont pas réglés. Même s’il est désormais, par ses relations avec le Duc d’Orléans et le Duc d’Aumale, bien introduit au plus haut niveau décisionnel des hautes sphères du pouvoir, il en veut aux politiques de n’avoir pas pris les bonnes décisions et de traîner à les prendre. Il appréciait l’intelligence du Duc d’Orléans et son courage, mais ce dernier est mort bêtement à Paris en 1842. Le Duc d’Aumale est désormais gouverneur de l’Algérie. Et il ne compte pas sur l’indécision de Louis-Philippe.
        De retour en France, pour faire avancer les choses, prenons-les en mains et procédons par ordre !