Jadis et naguère

JADIS ET NAGUERE à SAINT-PHILBERT de GRAND LIEU

 

ou : Promenade dans les Arrêtés Municipaux

de la Mairie de SAINT-PHILBERT de GRAND LIEU

de 1850 à 1950

 

 JADIS : de  Ja a dis (XII°) il y a des jours, il y a (déjà beaucoup) de jours

 NAGUERE : il n’y a guère longtemps

 

          A la fin du XIXe et au début du XXe siècle, la commune de Saint-Philbert de Grand Lieu,  essentiellement rurale, compte 3900 habitants. Le Conseil Municipal qui comporte 23 membres est discrètement signalé en 1908 à la Préfecture par les tous nouveaux Renseignements Généraux comme constitué de membres «nationalistes et réactionnaires » et «toujours hostiles au gouvernement »...

 

        La lecture des délibérations du Conseil Municipal de Saint-Philbert de Grand Lieu et des registres des arrêtés municipaux de 1850 à 1950 disponibles à la Mairie et aux Archives Départementales fait donc apparaître tout le quotidien d’une commune rurale mais cependant chef-lieu de canton équipé d’une gare en ce début du XXe siècle. Elle devrait refléter l’impact de l’actualité nationale mais, surprise, les allusions y sont rarissimes !

 

        – en 1852, aucune réaction au Coup d’Etat de Louis-Napoléon.

        – en 1870, aucune allusion à la guerre

        – en 1914-18, quelques réactions aux événements.

        – en 1939-45… rien.

 

         On pourrait en conclure que la commune de Saint-Philbert de Grand Lieu a traversé l’Histoire sans véritablement éprouver de bouleversements particuliers malgré un contexte national très lourd à ces dates ! Mais l’absence totale (comme dans d'autres communes de la région) de documents annexes, disparus, égarés ou détruits au fil du temps, gomme bien sûr une réalité plus active. En réalité, quelques rares dossiers semblent situés aux Archives Départementales. Nous y reviendrons.

 

       Cependant, au-delà de la routine liée à l’entretien des chemins vicinaux, le salaire du cantonnier et la nécessité d’un garde-champêtre, on y découvre la modernité qui très doucement s’installe : l’arrivée timide d’un réseau d’électricité, le pavage des rues, les voitures dont il faudra limiter la vitesse dès 1919 et l’adoption de mesures d’assainissement et d’hygiène.

 

         Une seule fausse note dans cette ambiance tranquille : le 2-09-1870, après la défaite de Sedan et le remplacement du second Empire par la II° république, les élections municipales toutes récentes d’août 1870 ont été annulées dans tout le pays et le maire est désormais nommé par le Préfet. Le gouvernement a donc évincé les équipes en place, fait nommer un nouveau maire et une Commission municipale. Les deux équipes locales s’affrontent fortement, chacune défendant sa légitimité. Malgré les interventions réitérées du Préfet, aucun arrangement n’est envisageable, encore moins conclu, et les deux groupes démissionnent. Le Préfet, ennuyé, devra nommer d’autres… volontaires ! Cette pratique durera jusqu’en 1884 où la loi instaure alors le régime municipal que nous connaissons actuellement.

 

            Le 25 août 1871, suite aux événements de la Commune, est votée la dissolution des gardes nationales dans toutes les communes de France. La loi du 27 juillet 1872 prévoit que « tout corps organisé en armes et soumis aux lois militaires, fait partie de l'armée et relève du ministère de la guerre » (Art. 6). La Garde nationale est ainsi définitivement supprimée.

 

           On aurait tort cependant de prendre à la légère les quelques arrêtés municipaux de l’époque et de les traduire comme destinés seulement à réglementer un peu l’esprit d’un village gaulois déjà bien connu et indiscipliné. Les priorités de l’époque ne sont plus les nôtres mais elles ont été très réelles et donc respectables.

 

Police des vendanges : chaque année, à la même époque, dans les mêmes termes, le maire réitère un arrêté pour interdire dans les vignes, une fois de plus, jusqu’à la fin des vendanges : le ramassage de l’herbe, la divagation des bestiaux, et le fait de « râper » (« cueillir »les grappes du voisin) parmi les ceps (à St-Lumine de Coutais, on parle alors dans les mêmes textes de « grapiller »). Il s’agit en fait d’un très vieux droit coutumier  résultant d’un édit d’Henri II de 1554 accordant le droit d’aller ramasser les grappes laissées par les vendangeurs. Les communes locales sont très viticoles et en tirent l’essentiel de leurs ressources. A l’époque des vendanges toute la population est mobilisée. L’ordre et la cohésion sociale doivent donc être respectés. Il appartient au maire de tout faire pour éviter les dérapages et de définir la période après laquelle ce droit peut être exercé.

 

Police des marchés : pratiquement chaque année, dans les mêmes termes et pour les mêmes raisons (« En raison du nombre très important de plaintes quant aux horaires du marché… ») il « sort » aussi un nouvel arrêté fixant, à chaque fois, définitivement, les heures d’ouverture (après le premier son de cloche et surtout pas avant) et de fermeture du marché (après le deuxième son de cloche et surtout pas après) qui se tient le vendredi (aux beurres le matin et aux poulets l’après-midi…puis l’inverse…). Et chaque année, les horaires sont remis en cause… encore pour les mêmes raisons.                                                              

 L'Abbatiale lieu de marché en 1890.

A remarquer : les fouilles archéologiques n'ont pas encore été entamées.

On observe donc: le dallage initial et les arcs déplacés ensuite par le Père de la Croix.

Tous les murs et piliers sont encore recouverts d'enduit.

Le choeur dans lequel le culte continue à être célébré est séparé de la nef par un cloisonnement.

Les verrières amènent une grande clarté.   

                                                                                           

        Car le marché est un moment important dans la vie économique et sociale de la commune. Lieu de rencontres, d’échanges d’informations, de jalousies et de cancans pour la semaine, il a également un rôle économique non négligeable. C’est en effet la femme qui s’occupe à la ferme de l’entretien et de l’élevage des volailles. Les hommes étant bien sûr occupés à des tâches plus physiques. Mais c’est aussi et bien souvent le seul argent de poche de la femme qui lui permet d’acheter ensuite, dans les étals de mercerie proposés devant l’abbatiale, les rubans ou morceaux de tissus dont elle va agrémenter son pauvre quotidien.

 

       On a oublié également qu’à l’époque, selon leur cycle naturel, les poules ne pondent pas toute l’année ! Les œufs ne sont donc pas constamment disponibles sur les étals des boutiques. Les premiers œufs de printemps, « les œufs de Pâques », sont donc très recherchés par les « bourgeoises » qui n’hésitent pas alors à salir leurs belles bottines dans les chemins de campagne pour être les premières à en consommer.

 

      Avec le beurre baratté à la ferme, ces productions artisanales fournissent un petit complément de ressources,mais en réalité essentiel à la survie de ces familles vivant presque totalement dans une économie autarcique.

 

     Le maire doit donc protéger « son » marché et refusera à plusieurs reprises les demandes effectuées par des communes riveraines souhaitant elles-mêmes en tenir un chez elles, en risquant bien sûr ainsi de concurrencer celui du chef-lieu de canton.

                                                            

      Dans un autre domaine, en 1905, la Préfecture adresse aux «communes ayant une agglomération importante », donc à Saint-Philbert, une réglementation sanitaire à mettre en œuvre. Elle nous donne une image précise et très intéressante des nouvelles normes.

 

Désormais toutes les constructions neuves, en pierre, brique ou bois » devront obéir à un certain nombre de critères obligatoires :                                                              

– tous les rez-de-chaussée devront être « surélevés d’au moins 30 cm » par rapport au sol.

– toutes les pièces seront enduites ou badigeonnées à la chaux à l’intérieur.

– devront mesurer 2,60 m sous plafond pour une superficie minimum de 10 m2.(25 m3)

– les fenêtres devront mesurer au minimum 1,50 m de hauteur.

– la pièce à usage de cuisine doit posséder abondamment lumière et ventilation

– le foyer devra être situé sous hotte.

– un grand soin est demandé pour l’hygiène des puits situés dans les cours. Un seau en permanence,pas d’eaux stagnantes, une margelle d’au moins 50 cm, obligatoire pour bloquer les ruissellements.

 

L’utilisation du plomb pour les canalisations est déjà signalée dangereuse et à proscrire.

 

            Ces règles qui nous paraissent aujourd’hui une évidence constituent en réalité à l’époque une véritable petite révolution sanitaire. La première maison possédant des toilettes intérieures sera édifiée dans le bourg de Saint-Philbert en 1911.

                                                

         Le contexte social est également toujours très présent. A chaque réunion ou presque il est question du bureau de bienfaisance,des assistances diverses apportées aux vieillards, aux soutiens de famille,aux familles nombreuses et nécessiteuses. Les dossiers sont examinés scrupuleusement, acceptés ou refusés.

 

      En raison des maigres ressources financières de la communel les grands projets sont rares :

 

–  Les écoles : construction de l'école des garçons et de l'école des filles.

–  L’église paroissiale édifiée entre 1862 et 1869 a été financée par des dons et souscriptions privées à hauteur de 500.000 francs. La commune a pris en charge les frais d’aménagement de la voierie et des abords ainsi que l'horloge.

– Les frais générés par l’aménagement et l’entretien des quais du port sur la Boulogne qui accueillait jusqu’à 300 bateaux par an (chaux, sable, vins, sarments, etc.) diminuent après les travaux d’arrivée du chemin de fer. Il est difficile d’imaginer actuellement l’importance incontournable dans la vie économique,jusqu’à la fin du XIX° siècle, du trafic qui s’effectuait par voie fluviale et le Lac à St-Philbert de Grand Lieu.

                          

       Un lourd investissement avant la guerre de 1914 est l’aménagement d’un terrain destiné au marché aux bestiaux, le Champ de Foire, à Plaisance, tout près de la gare, sur l’actuel site de la Poste. Les parcelles ont été données en 1910 à la commune par la famille Cormerais. Il sera cependant lourd pour les finances de la commune mais très utilisé pour les réquisitions de 1914. Considéré comme prioritaire à l’époque, il ne sert pourtant plus à rien bien avant 1945 où il est devenu terrain de sports. (17 avril 1945 : « L’ancien champ de foire ayant été affecté au terrain de sports, il est interdit d’y déposer du bois »).

 

    Le 12-02-1919, il devient urgent de règlementer la vitesse de circulation dans le centre ville, «des automobiles, motocyclettes et véhicules de toute nature». La vitesse sera désormais limitée à…10 km/h avec la nécessité de « corner » fortement, «à coups répétés d’avertisseurs» avant chaque croisement ou carrefour. 

  

   Le 7/06/1923 : « Il est défendu de monter dans les tilleuls de l’avenue de la Gare et de celle du Champ de Foire, sous prétexte d’en cueillir les fleurs mais avec pour résultat d’en casser les branches ». Aux mêmes lieux et aussi Place de l’église, il est désormais interdit d’établir des cordes entre les arbres pour attacher les animaux ou y étendre du linge.

   En 1923 : 24 000 francs sont encore destinés à la réparation des quais du port et une subvention est demandée au Préfet. Le même jour le Conseil municipal unanime rend un hommage très chaleureux, pour ses années de dévouement au bien public,à Monsieur le Maire, Henri de Guer, élu en 1910, qui vient de décéder.

 

        En juin 1940, sauf erreur, il se passe en France des événements très graves. Mais l’urgence nationale ne se fait pas trop sentir… puisque le 16 juin, Monsieur le Maire estime qu’il devient désormais urgent :

– d’interdire aux enfants de jouer à moins de 15 mètres de la pompe municipale située Place de l’Eglise et souvent en réparation. Les parents seront « tenus responsables »

– et d’interdire à tous de… "monter sur le toit du bateau-lavoir pour plonger dans la Boulogne"...

                                                                 

A suivre ….                                                                              

 

                               Alain JUNO

 

                                   



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