Voyage à Jumièges 2015

 

 

            VOYAGE à JUMIEGES 2015

 

 

SAMEDI 12 SEPTEMBRE

 

     Les 8 pèlerins (Paulette FERRON, Marie GIFFO, Anne-Marie GODY, Monique GOURVES, Béatrice LEMONNIER, Pierre-Louis JEGOU, Alain JUNO, Joseph PASGRIMAUD ) étant présents à l’heure, les deux voitures démarrent de la Place de l’Abbatiale à 8H10. Un temps exécrable les poursuit pendant le trajet qui s’effectue cependant sans encombre jusqu’à Rouen après une petite pause collation.

 

 

ROUEN :

     C’est la braderie dans le centre de Rouen ! Les rues piétonnes bordées de jolies boutiques sous les maisons à colombages encadrent une foule de Normands habitués aux averses.

Nous visitons bien sûr la magnifique cathédrale Notre-Dame. Surmontée d’une flèche inhabituelle en fonte qui culmine à 151 m et en fait la plus haute de France (et ex-plus haut bâtiment au monde jusqu’en 1880 !) cet édifice gothique offre une magnifique façade en véritable dentelle de pierre qui a inspiré les peintres (Pissaro, Monet, Turner, etc.). Malgré les vicissitudes  très sévères de l’Histoire qu’elle a traversée (Vikings, Huguenots, incendies, ouragan, foudres et surtout bombardements de 1944), la cathédrale éclaire cette ville christianisée dès le II° siècle. Elle recèle de nombreuses chapelles et des gisants (désormais vides) dont celui de Rollon et de Richard Cœur de Lion.

Nous nous dirigeons ensuite jusqu’au Gros Horloge, surplombant la rue du même nom, datant du XVIe et indiquant, en plus des heures, les phases de la Lune et les jours de la semaine.

Puis après un passage devant le magnifique Parlement de Normandie (gothique XVe  reconstruit après 1944 et devenu Palais de Justice depuis la Révolution) nous arrivons devant la superbe église Saint Maclou (gothique flamboyant du XV°) parfaitement restaurée depuis 2013.

Mais il faut respecter l’horaire et nous partons en longeant les boucles de la Seine par Duclair vers le but du voyage : Jumièges.

 

JUMIEGES :

Miracle des pèlerinages ! A notre arrivée, le soleil inonde les pierres blanches de l’Abbaye de Jumièges. Ses ruines imposantes dominent un site très vaste, verdoyant et dégagé. En l’absence de guide disponible, une tablette audio-guide nous commente méthodiquement pendant une heure les 3 sites principaux de l’édifice, offrant même en images de synthèse la reconstitution des lieux avec leurs décors polychromes. Nous pensons bien sûr à Filibert qui en 654 (à 39 ans !) fut à l’origine de cet ensemble qui compta jusqu’à 900 moines ! Là encore, beaucoup plus que le temps, c’est la bêtise des hommes qui a fait des ravages. Après le passage des Vikings en 841, Guillaume 1er de Normandie, (dont nous avons vu le gisant à Rouen) y fait venir de nouveaux moines, de Poitiers, en 934.

Les Huguenots en 1563 font d’énormes destructions dans l’abbaye. Elle est remise en état mais la Révolution l’achève lorsque, vendue comme bien national, elle devient une carrière de pierre jusqu’en 1824 !

     En fin d’après-midi, nous quittons Jumièges en direction des boucles de la Seine, passons à Villequier où Victor Hugo aimait se reposer, arrivons trop tard pour visiter la petite chapelle remplie d’ex-votos marins de la Barre-Y-va et passons voir Caudebec.

 

CAUDEBEC en CAUX :

     L’église est aussi belle et du même style que celle de Saint-Maclou. Sur tout le pourtour de sa couverture des lettres sculptées en caractères gothiques font défiler les paroles du Magnificat.

Et il est l’heure de rejoindre l’Abbaye de Saint-Wandrille à quelques minutes de là.

 

SAINT WANDRILLE :

     L’Abbaye Saint Wandrille est située dans une zone vallonnée, toute proche des méandres de la Seine et bordée par la forêt de Brotonne. Abbaye encore en activité qui accueille actuellement 38 moines.

     Constituée d’un bel ensemble de bâtiments XVII° et XVIII° adossés à des ruines beaucoup plus anciennes, elle a été fondée en 649 et a subi le même sort que Jumièges. Elle fut d’ailleurs un temps (début XX°) la propriété privée de l’écrivain et dramaturge Maurice Maeterlinck. Les moines y sont revenus depuis 1931 et ont accueilli l’Abbé Pierre à la fin de sa vie.

Les moines nous ont reçu à côté de leur Abbaye.

     Car si l’homme apprécie la fréquentation de la Bénédictine, le Bénédictin ne recherche pas la fréquentation de la femme. Raison pour laquelle l’Abbaye de Saint-Wandrille dispose de deux hôtelleries pour accueillir les visiteurs. L’une réservée aux couples et aux femmes, l’hôtellerie Saint-Joseph, située à côté de l’Abbaye, et une autre dans ses murs, l’hôtellerie Saint-Wandrille, réservée aux hommes.

     Nous avons dîné à 19H30 dans une petite salle à manger en compagnie d’une vingtaine de personnes, MAIS EN SILENCE. La voix totalement atone d’un moine en « off » nous faisant entre autres le récit des difficultés rencontrés par une mission de religieux en Afrique Française en 1908 face à l’opposition des officiers français. Dîner frugal, bon, très diététique.

     Dehors, un jeune moine souriant nous a retracé les difficultés professionnelles rencontrées par sa communauté. Après avoir fabriqué pendant longtemps de la cire puis géré un atelier de numérisation employant plusieurs dizaines de personnes, dépassés par le succès et les contraintes administratives, les moines sont à la recherche d’un nouveau projet d’activité. La création d’une brasserie de bière est en bonne voie.

     Par lui nous avons appris avec surprise que l’Abbaye est détentrice de quelques reliques de Saint-Filibert. Nous avons bien sûr prévenu de notre intention de les revendiquer.

     Après le temps d’une promenade dans le cadre des murs romantiques, d’une chapelle et des tombes, la cloche de 20H30 annonce les Complies auxquelles nous assistons. Dans l’obscure clarté d’une sobre église, les moines, jeunes pour la plupart, chantent en latin les prières du soir ponctuées de silences et d’un Salve Regina final. Un temps de méditation partagé par une cinquantaine de pèlerins.

     A quelques minutes de là, nous avons posé pour la nuit nos valises dans le sympathique Hôtel de la Croisière, sur la commune de Louvetot.

 

DIMANCHE 13 SEPTEMBRE

 

 ALLOUVILLE :

Départ le dimanche dès 8heures vers le Havre.

Nous faisons halte rapidement au village de Allouville-Bellefosse. Tout près de l’église, un grand chêne extraordinaire de 1200 ans renferme deux petites chapelles superposées consacrées depuis 1696 ! Un escalier de bois ceinture son énorme tronc et nous amène à 15 mètres de hauteur. Sauvé par l’instituteur laïque des méfaits de la Révolution, amputé de moitié par la foudre en 1912, le chêne est classé monument historique depuis 1932.

Les populations et municipalités successives en prennent beaucoup de soins, les fissures de l’écorce sont recouvertes de tuileaux de châtaignier, des poutres de soutènement soulagent ses branches. 50 000 curieux viennent le visiter chaque année !

Une traversée des paysages typiques du Pays de Caux, vastes parcelles sans haies légèrement vallonnées ponctuées de fermes entourées de bouquets d’arbres (les Clos Masures) nous amène rapidement à Montivilliers.

 

MONTIVILLIERS :

     La mi-septembre est traditionnellement l’époque de la grande braderie à Montivilliers. Nous étions prévenus, mais le stationnement s’est avéré très délicat.

     Le site de l’abbaye se situe dans le centre de la ville. Edifié en 682 par FILIBERT et destiné à l’origine aux femmes (comme Pavilly), il comprend encore une vaste église, un cloître, une salle capitulaire et des bâtiments conventuels. S’y côtoient les styles romans et gothiques des différentes époques de sa vie (XIe, XIIe, XIVe, XVe, XVIIe) notamment dans sa façade asymétrique et dans l’église qui est celle de la paroisse SAINT-PHILIBERT de la LEZARDE.

     Nous avons été chaleureusement accueillis par l’équipe de MHAD (Montivilliers, Hier, Aujourd’hui, et Demain) et sa présidente Bernadette FOUACHE, dans les beaux locaux, très bien éclairés eux, de l’office de Tourisme municipal inclus dans le site de l’ancienne abbaye. Jérôme MALHERBE responsable du site et de l’office de Tourisme nous a fait parcourir l’ensemble des lieux pendant 90 minutes. Il a été un guide chaleureux, très compétent et passionné. Nous lui offrons des remerciements mérités. Il a en mémoire son passage à Saint-Philbert de Grand Lieu lors du 25° anniversaire de notre association, en 1999,  invité par Jean-Pierre BIRAUD.

     L’ensemble du site est en très bon état puisqu’il a fait l’objet d’une énorme opération de rénovation depuis 1977. Les municipalités successives ont en effet pris conscience à cette époque de l’intérêt du site que la Révolution avait épargné en attribuant alors à l’ensemble des locaux des usages d’ateliers, de dépôts et d’habitation. Un très beau cloître a été reconstitué dans ce qui était devenu une cour-dépotoir. Les volumes ont été décloisonnés et réouverts pour être salles d’expositions. Un ingénieux parcours de visite met en scène l’historique des lieux.

     L’église mérite elle aussi la visite. Longtemps divisée en deux parties, une pour les offices concernant le public une autre pour les moniales, elle a retrouvé son volume d’origine.

MHAD, dont la structure et le fonctionnement sont identiques à celui de A&D, nous a ensuite offert le pot de l’amitié (nous avions bien sûr apporté du Muscadet de St-Philbert). Nous avons échangé la collection complète de nos publications annuelles et envisagé de les accueillir à notre tour. Le temps est passé très vite et nous les avons quittés pour rejoindre le Havre.

 

LE HAVRE :

     Partir vers l’ouest nous permet d’arriver au Hâvre tout proche par le quartier résidentiel de Sainte-Adresse situé sur les hauteurs en aval de l’estuaire avec vue dominante sur la mer, la ville et le port.

     Arrêt devant un immeuble fin XIX° tout en longueur, ancien hôtel jusqu’en 1914, « le Nice Havrais ». A cette date l’ensemble du gouvernement belge fuyant l’invasion allemande s’exila dans cet immeuble jusqu’en 1918.Cet épisode peu connu explique la présence un peu plus loin de la statue du roi Léopold et les échanges privilégiés qui continuent à exister entre la Belgique et les Havrais. En 1944 le même édifice servit de Quartier Général aux forces américaines chargées de la remise en service des activités portuaires et c’est l’armée Belge qui libéra Honfleur !

     Nous longeons ensuite la plage, les quais, le bassin François I°, roi auquel Le Havre doit sa création, et  « le pot de yaourt » conçu par l’architecte Niemeyer (Brasilia) pour rompre la linéarité des perspectives d’immeubles édifiés après la guerre par les équipes de l’architecte Auguste PERRET. Nous faisons halte.

     Car Le Havre a connu entre 1940 et 1944 une série de 132 bombardements ! Provoquant la mort de 5000 civils et la destruction de 12 000 immeubles !      

     Et son architecture, typique de l’ère de la reconstruction (Saint Nazaire, Royan, Brest, etc.) mérite d’être étudiée. Passé le blocage que nous pouvons avoir vis-à-vis du  béton, elle renferme une conception nouvelle, ingénieuse et apportant un confort inconnu à l’époque.

Le plus beau joyau en est l’église SAINT-JOSEPH, immense jet de béton (107 m de hauteur !) qui domine la ville. Nous en visitons l’intérieur vaste et dépouillé à l’extrême.

La flèche/clocher est creuse et constellée de petits pavés de verres/vitraux multicolores lui amenant la lumière qui semble aspirer le chœur de l’église et son autel. L’ensemble ne peut laisser indifférent.

La faim tenaillant les pèlerins, nous allons déjeuner aux Docks. Comme dans beaucoup de villes portuaires (Bordeaux, Nantes etc.) d’anciens bâtiments et hangars à usage de stockage devenus sans utilité ont été reconvertis avec bonheur en locaux commerciaux et divers (cinémas, restaurants, etc.). C’est le cas des Docks qui ont revitalisé le quartier et sont voisins désormais d’un pôle universitaire d’écoles d’ingénieurs.

Puis vient pour nous le temps du retour en direction de Honfleur en empruntant le Pont de Normandie.

 

HONFLEUR :

     Du Pont de Normandie, magnifique ouvrage d’art haubanné de 214 m de hauteur érigé en 1995, nous dominons l’estuaire de la Seine avec une vue dégagée sur Le Hâvre et ses structures portuaires et la proche rive sud qui abrite Honfleur, Deauville et Trouville. Un arrêt à Honfleur s’impose.

Nous déambulons autour du port entouré de maisons à colombage et visitons l’église Sainte-Catherine au style très original. Edifiée aux XVe et XVIe, sa conception à double nef comporte des charpentes en forme de bateaux renversés car réalisées à l’époque par des charpentiers de marine. Le bois y est donc omniprésent, justifiant la construction séparée de son clocher par mesure de sécurité en cas de foudre ! Les structures sont recouvertes de bardeaux en châtaigner, les essentes.

La ville, très touristique mériterait que l’on s’y attarde. Elle a d’ailleurs inspiré de nombreux artistes peintres et écrivains.(Alphonse ALLAIS et Eric SATIE y sont nés).

 

     Nous quittons ensuite Honfleur pour le retour à Saint-Philbert de Grand Lieu, après avoir traversé cette magnifique Normandie dont nous comprenons maintenant pourquoi elle est si verdoyante et où nous savons désormais que les abbayes y ont poussé comme des champignons. Mais c’est sûr : nous irons la revoir !!!   

 

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      N'hésitez pas à vous rendre sur Wikipédia et autres sites concernant chacun des lieux que nous avons visités. Vous y découvrirez une masse de renseignements intéressants.

Je pense également à GOOGLE IMAGES qui vous fournit un maximum d’illustrations se rapportant aux édifices ainsi qu’à GOOGLE VIDEOS où vous pourrez retrouver une partie de la présentation de l’Abbaye de Jumièges (« visite virtuelle » sur You Tube).

     La Barre-y-va tient son nom d’un mascaret qui remontait jadis jusque à cet endroit le cours de la Seine. C’est aussi le titre de l’un des romans de Maurice LEBLANC (relisez Arsène LUPIN).

     Enfin, puisque nous venons de chez lui, et à propos de pluie, je ne résiste pas au plaisir d’une citation d’Alphonse ALLAIS :

       «  Les champignons poussent dans les endroits humides, c’est pourquoi ils ont la forme d’un parapluie… »

 

                                                     

                                                                                 Alain JUNO

     

 

 



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