Chronologie carolingienne

          La commune de Saint-Philbert de Grand Lieu étant très marquée par son Abbatiale du IXe siècle, il apparaissait évident à Robert FRANCHETEAU d'établir un essai de chronogie détaillant le contexte de cette époque Carolingienne pour mieux la faire comprendre. Surtout dans notre région de "Marches", aux confins du Poitou et de la Bretagne, alors séparés par l'estuaire de la Loire, et dont les moines philibertins durent subir ensuite brutalement la visite des "Hommes du Nord", les Vikings. 200 ans d'alliances et de ruptures, de combats et de traités...   

 

  FRANCS, BRETONS ET VIKINGS VUS DE LA BASSE-LOIRE                       

 

      ESSAI DE CHRONOLOGIE 750-950

 

 

 

  750 « Coup d’état » de Pépin, fils de Charles Martel, qui devient le premier roi carolingien. Les Bretons ont toujours la maîtrise de l’Ouest de la péninsule armoricaine à partir de la Vilaine.


  753 Prise de Vannes par Pépin le Bref. Il reçoit vraisemblablement la soumission des chefs bretons, mais, sans forces suffisantes, ne peut occuper un pays hostile et doit sans doute se contenter de recevoir un tribut.


  768 Mort de Pépin et avènement de ses fils Charlemagne et Carloman.


  771 Mort de Carloman ; Charlemagne règne seul.


  777 Création de la Marche de Bretagne : la Marche est un Commandement Militaire placé à la frontière d’un peuple belliqueux et une circonscription territoriale exceptionnelle regroupant plusieurs comtés. Le « marquis » avait double fonction : il était d’abord le commandant d’une force militaire permanente et, en cas de guerre, exerçait son autorité sur les comtes de son ressort en les associant à l’expédition. En temps de paix, il ne disposait d’aucun pouvoir sur ses collègues et exerçait seulement le pouvoir comtal sur l’un des comtés de la Marche. La Marche de Bretagne, premier Commandement Militaire spécial créé par les Carolingiens, a comme premier titulaire connu le fameux Roland, mort à Roncevaux en 778. La Marche comprenait le Vannetais, le Rennais et le Nantais. Le centre en fut Nantes.


  778 Mort de Roland, marquis de la Marche de Bretagne. Immédiatement, commence une période de troubles.


  786 Réaction franque : le sénéchal Audulf dirige une expédition en Bretagne. Celle-ci doit reconnaître l’autorité franque et payer tribut. La Marche est réorganisée.


  787 La Marche est confiée à une grande famille rhénane, les Gui de Bliesgau (Widonides- Lambertides). Wido (Guy) a été comte d’Alsace au milieu du VIIIe siècle. Son fils aîné, Gui, obtint le comté de Nantes et par suite le commandement de la Marche et Frodoald, probablement son frère, fut chargé du comté de Vannes.


  799 Le marquis et les comtes qui lui sont associés envahissent la Bretagne et après l’avoir parcourue en tous sens obtiennent sa soumission. Cette fois, il ne s’agit plus d’une expédition punitive ou d’une démonstration de force pour imposer une sujétion matérialisée par un tribut : la Bretagne toute entière est intégrée dans le royaume franc.
Les Vikings sont signalés pour la première fois sur le littoral atlantique à Noirmoutier. Le monastère de saint Philibert est une proie bien tentante.

 

  811 Une armée franque est de nouveau envoyée en Bretagne, pour « punir la perfidie des Bretons».


  814 Mort de Charlemagne ; avènement de son fils Louis le Pieux ou encore le Débonnaire.

 
  815 L’abbé Arnulf, de Noirmoutier, sous la pression normande, construit un nouveau monastère à Déas. Les moines s’y réfugient du printemps à l’automne, laissant le corps de Philibert en une cache fort secrète.


  818 Intervention de Louis le Pieux qui livre bataille au chef breton Murman près de Priziac


  819 Louis le Pieux autorise par diplôme les moines à couper la route pour créer des fossés pleins d’eau autour de leur nouveau monastère de Déas. Les institutions carolingiennes se diffusent toutefois en Bretagne : on note à cette date la présence d’un comte carolingien dans le Poutrocoêt. Il s’agit de Rorgon, futur comte du Maine. Egalement le monastère de Landevennec a accepté la règle bénédictine.


  820 Une flotte de treize navires Vikings touche terre dans la baie de Bourgneuf et met à sac le village de Bouin.


  825 Nouvelle intervention de Louis le Pieux contre les Bretons de Domnonée, dirigés par Wiomarc’h.


  830 Révolte des trois fils aînés de l’empereur : Lothaire, Pépin (d’Aquitaine), Louis (le Germanique). Louis le Pieux rétablit son autorité mais le pouvoir est ébranlé ; l’expédition envisagée contre les Bretons cette année-là est abandonnée. Le comte de Vannes, Guy, est remplacé par un aristocrate breton, Nominoê, qui reçoit à la fois le comté de Vannes et une délégation de pouvoir sur toute la Bretagne, un « missicatum ».
A Noirmoutier, l’abbé Hilbod fait entourer l’abbaye d’une enceinte fortifiée, un « castrum » et veut la faire protéger par les soldats du roi d’Aquitaine mais il ne peut obtenir que l’exemption de redevances fiscales.


  831 Louis le Pieux enlève à Lambert, sans doute le fils du marquis de Bretagne Guy, l’« honor » nantais, détenu par sa famille depuis près d’un demi-siècle. En effet, Lambert avait pris le parti de Lothaire et joué un rôle essentiel dans la révolte qui avait secoué l’autorité de l’empereur. Il suivra d’ailleurs Lothaire en Italie et mourra duc de Spolète vers 837. C’est un aristocrate fidèle, Richouin, qui reçoit le comté de Nantes et la Marche de Bretagne.

 

  832 Création du monastère de Redon, malgré l’opposition de Richouin mais grâce à l’intervention de Nominoë.


  833 Nouvelle grande révolte des trois fils aînés : au « Champ du Mensonge ». La plupart de ses fidèles abandonnent l’empereur. En octobre, dans le monastère Saint Médard de Soissons, Louis le Pieux est dégradé. Ce scandale provoque un revirement de l’opinion ; la discorde s’installe dans le camp des vainqueurs. Lambert de Nantes, allié aux Bretons, combat avec Lothaire mais ce dernier s’avoue vaincu et promet de repartir en Italie. Louis le Pieux reprend la couronne impériale. Nominoë, lui, semble être resté fidèle à l’empereur.


  834 Les moines de Noirmoutier repoussent une attaque Viking. L'abbé Hilbod se décide alors à se réfugier définitivement à Déas.


  835 Cette fois, le monastère de Noirmoutier est dévasté mais le comte d’Herbauge, Renaud, parvient à chasser les Vikings de l’île.


  836 Hilbod ramène à Déas les reliques du saint Patron restées à Noirmoutier.

Chariot viking trouvé à l’intérieur du bateau d’Oseberg (Norvège).

 

  840 Mort de Louis le Pieux : la lutte s’engage entre les trois fils survivants (Lothaire, Louis, Charles).


  841 En début d’année, Charles leChauve reçoit au Mans la soumission de Lambert, fils cadet de l’ancien comte de Nantes mort à Spolète. Au printemps, Nominoë accepte également de prêter allégeance à Charles. Mais à la bataille de Fontenoy en Puisaye (juin 841) qui voit la défaite de Lothaire, le comte Richouin est tué ; Lambert réclame l’honor perdu par sa famille ; Charles ne cède pas et confie la Basse Loire à Renaud. Lambert se rallie alors ouvertement à Lothaire, s’établit dans la région d’Alet, regroupe ses fidèles et passe son temps à convaincre les Bretons de se joindre à lui. Il a gardé des liens étroits avec les Bretons, ayant, semble-t-il, été élevé chez eux. Renaud contre la progression dans l’estuaire de la Loire d’une importante flotte Viking sous le commandement de Asgeirr qui avait auparavant incendié Rouen et brûlé Jumièges.


  843 Renaud s’inquiète de l’agitation bretonne. Sans prévenir Charles le Chauve, il lance une offensive préventive mais est battu à Messac par les Bretons conduits par le fils de Nominoë, Erispoë. La victoire est due à l’intervention de Lambert, et Renaud perd la vie dans cette campagne. Il se peut que Lambert, pour se venger de l’hostilité des Nantais à son égard, ait laissé les Vikings entrer dans la ville sans défense, tuer l’évêque Gohard dans sa cathédrale, massacrer la population, repartir chargés de butin, ravager le Pays de Retz et gagner Noirmoutier où ils hivernent pour la première fois. Toutefois, à la fin de l’année, Lambert est bien maître du Nantais et intervient au Sud de la Loire contre les parents de Renaud. Hervé, fils de Renaud, sera tué en 844. En août, les trois fils de Louis le Pieux entérinent le partage des terres franques : c’est le traité de Verdun.


   844 Actard, le nouvel évêque de Nantes, tente de rapprocher le duc breton et le roi franc mais Nominoë s’estime délié de son serment et avec l’aide de Lambert conduit un raid dévastateur jusqu’à la ville du Mans qui est prise et pillée. En octobre, les trois frères se rencontrent à Thionville et cet événement rétablit l’autorité du roi de la Francia Occidentalis. Devant le risque d’intervention de Lothaire et de Louis le Germanique, Pépin II et aussi Lambert se soumettent. Ce dernier abandonne donc les Bretons et Nominoë reste le seul révolté. Il est vrai que Lambert a obtenu ce qu’il désirait : le comté de Nantes et la marche de Bretagne.


   845 Charles décide d’intervenir militairement en Bretagne. Mal préparée, l’expédition s’achève le 22 novembre par un cuisant échec à Ballon au nord de Redon, non loin de la voie romaine reliant Rennes à Rieux. Les Normands, eux, ont remonté la Loire encore cette année-là.


   846 Les moines philibertins se réfugient à Cunault, laissant à Déas, enterré dans la crypte, le tombeau du Saint contenant toujours les reliques. Charles le Chauve, après avoir envisagé la reprise des hostilités, se décide à une négociation qui aboutit à un traité en août : Lambert est écarté du Nantais, vraisemblablement à la demande de Nominoë et se voit attribuer l’abbatiat laïc de Sainte Colombe de Sens ; Charles reconnaît l’autorité de Nominoë sur toute la Bretagne ; Nominoë ne prend que des engagements très vagues…


   847 Vigoureuse offensive des Vikings qui livrent trois batailles victorieuses aux Bretons. En particulier, ils pillent et incendient Déas, sans trouver le tombeau. Nominoë, vaincu, est contraint d’acheter leur départ : c’est un des deux seuls tributs jamais payés aux Normands par les Bretons.


   848 Nominoë essaie d’obtenir la destitution ecclésiastique pour simonie des évêques acquis à l’autorité franque, mais n’y parvient pas.


   849 Nominoë se résout au coup de force ; au printemps les évêques de Vannes, Quimper, Dol et Saint Pol de Léon sont condamnés, déposés et remplacés lors d’une assemblée de clercs et de laïcs toute dévouée à Nominoë. C’est une attaque directe à une prérogative régalienne : Francs et Bretons se retrouvent en conflit ouvert. Charles rappelle Lambert et lui confie une marche comprenant le Nantais, le Rennais et le comté d’Herbauge ; ce dernier reçoit en plus l’abbatiat laïc de Saint-Aubin d’Angers.


   850 En février, Nominoë, sorti de ses frontières, se trouve aux portes d’Angers. Lambert, jouant toujours un jeu très personnel, ne cherche pas à défendre la cité, trahit son souverain et noue une nouvelle alliance avec le chef breton. Charles part du Mans, se dirige vers Rennes mais s’en éloigne très vite sans avoir renforcé les défenses de la cité. Nominoë et Lambert, en quelques semaines, s’emparent de Rennes et de Nantes puis du Mans. Mais Nominoë meurt aux portes de la Beauce, à Vendôme.


   851 Charles, qui, après la mort de Nominoë avait laissé les troupes bretonnes se replier sous les ordres de Lambert, mobilise son armée en juin et affronte en août les Bretons sur la rive gauche de la Vilaine, près de Segré, à Juvardeil ou Jengland. Erispoë, qui a succédé à son père, remporte la victoire. Il faut noter que la bataille s’est déroulée non pas en territoire breton mais dans le comté nantais, donc en territoire roman. Charles se résout à traiter : Erispoë se fait le vassal du roi franc et reçoit en échange les comtés de Nantes et de Rennes ainsi que la vicaria de Retz et surtout obtient les insignes de la royauté. La Bretagne est maintenant un royaume subordonné, alors que jusqu’ici les royaumes subordonnés n’avaient été concédés qu’à des princes de la famille carolingienne

 

   852 Mort de Lambert.


   853 Des Vikings, ayant à leur tête Gotfrid, gagnent la Loire, mettent à sac Nantes et s’installent, face à Nantes, dans l’île de Bièce, qu’ils fortifient.


   854 Une autre flotte scandinave, commandée par Sidric, arrive sur la Loire, conclut avec Erispoë une alliance et, ensemble, attaquent le camp de Gotfrid dans l’île de Bièce. La victoire reste indécise et… les deux chefs vikings se réconcilient, quittent la Loire, remontent la Vilaine, font prisonniers l’évêque de Vannes, Courantgen, et le comte de Vannes, Pascueten, libérés contre rançon par l’abbé de Redon.


   855 Des Vikings, installés dans la presqu’île de Guérande, ravagent la région de Bordeaux.


   856 Les Vikings remontent la Loire, pillant Angers, Tours, Blois et mettent à sac Orléans. Charles le Chauve, en échange sans doute d’une alliance contre les Vikings, fiance la fille d’Erispoë à son fils Louis, à qui il donne le duché du Maine.

 

   857 Assassinat d’Erispoë par son cousin Salomon. Des Vikings hivernent toujours à l’embouchure de la Loire ou sur la presqu’île de Guérande.


   858 Craignant toujours un nouvel assaut, les moines transfèrent les reliques de saint Philibert de Déas à Cunault mais sans le sarcophage. Salomon profite de la révolte de plusieurs aristocrates contre Charles pour reprendre les hostilités, faisant ainsi l’unité des Bretons autour de lui et chassant Louis du Maine, par son alliance avec Robert le Fort et Eudes d’Orléans.

 

   859 Au synode de Savonnières, les évêques, fidèles à la légitimité du roi sacré, somment Salomon de se soumettre à l’autorité de Charles le Chauve et de respecter les droits de l’archevêque de Tours sur l’église bretonne.


   861 La réconciliation de Charles le Chauve et Robert le Fort affaiblit Salomon. Robert se voit confier la défense de la Neustrie, entre Loire et Seine.


   862 Une flotte viking qui revenait d’une expédition sur les côtes méditerranéennes est engagée par Salomon contre Robert le Fort sur la Loire mais Robert réussit à prendre douze navires et à en massacrer les équipages ; les Vikings de la Seine, venus à la rescousse et prêts eux aussi à se mettre à la solde de Salomon, sont écartés par le versement de six mille livres d’argent.


   863 Salomon change de stratégie : il vient négocier un traité de paix au monastère d’Entrammes dans le Bas-Maine. Il accepte de verser un tribut et de jurer fidélité moyennant quoi il reçoit la «part de terre sise entre les deux eaux avec l’abbaye de Saint Aubin d’Angers ».


   864 Robert le Fort s’attaque à deux flottes scandinaves sur la Loire. Il anéantit la première mais est blessé pendant le combat avec la seconde et doit battre en retraite.


   865 Une flotte de quarante navires remonte la Loire, pille l’abbaye de Saint Benoît, brûle Orléans et s’établit sur une île entre Saint Florent et Ancenis. Vers la fin de l’année, Vikings de la Loire et Bretons pillent ensemble Le Mans ! Salomon, de plus, ne paye pas le tribut promis à Entrammes.


   866 Salomon s’entend de nouveau avec les Vikings et c’est une armée mi-danoise, mi-bretonne qui déferle sur le Poitou, l’Anjou, le Maine et la Touraine. Le Mans est mis à sac une nouvelle fois mais au retour Robert le Fort, Rannoux (comte de Poitiers), Gauzfrid et Hervé (comtes du Maine) les interceptent à Brissarthe, à mi-chemin entre Sablé et Angers. Malmenés, Bretons et Scandinaves se réfugient dans l’église. Les Francs établissent leur camp autour, remettant l’attaque au lendemain mais Robert le Fort ne prend pas les précautions suffisantes et une brutale sortie en masse des assiégés surprend les Francs et entraîne la mort de Robert et de Rannoux : privés de leurs chefs, les Francs laissent les coalisés revenir sur la Loire.


   867 Charles le Chauve prépare une expédition contre la Bretagne puis préfère la diplomatie : à Compiègne, il reçoit Pascueten, gendre et principal conseiller de Salomon, et propose une véritable réconciliation. Le roi demande un engagement de fidélité mais donne au chef breton le Cotentin et surtout reconnaît la pleine autorité de Salomon sur tous les territoires qu’il contrôle et la possibilité de transmettre ses pouvoirs à son fils. Associés, Charles et Salomon s’engagent à attaquer ensemble les Normands.


   868 A l’assemblée générale de Pitres, le roi reçoit un envoyé de Salomon venu demander une aide contre les Normands, accorde cette aide et adresse en même temps au chef breton une couronne d’or ornée de pierreries et des vêtements royaux. Ainsi est reconstituée la royauté bretonne !


   869 Les Bretons participent pleinement à la lutte contre les Scandinaves. A Avessac, ils font face aux Danois et Gurwant, comte de Rennes et gendre d’Erispoë, manifeste son héroïsme.


   872 Charles le Chauve et Salomon viennent assiéger conjointement Angers où s’était retranchée une troupe de Normands. Le siège traîne en longueur car les Normands ont accès à leur flotte sur la Maine. Le roi Salomon imagine alors de détourner l’eau de la Maine pour s’emparer des barques Vikings. Se sentant condamnés, les Normands proposent une forte somme d’argent à Charles, tout en s’engageant à quitter le royaume. Charles accepte mais les Normands, après avoir quitté Angers, rejoignent la Loire, passent l’hiver sur l’île Batailleuse et ne quittent pas le pays !


   874 Assassinat de Salomon, à l’instigation de Pascueten et de Gurwant. Début de quinze ans d’une guerre civile dont les Scandinaves profitent pour s’établir à l’embouchure de la Vilaine et le long de la côte sud.

 

                                                 Robert FRANCHETEAU



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