Les saints locaux

                           

 VOUS AVEZ DES SAINTS MAGNIFIQUES !                    

 

      Un vrai temps de printemps et son ciel bleu ce matin, en ce beau dimanche de décembre au marché de Saint-Philbert ! Au rayon poisson, j’hésite. La saison des coquilles Saint-Jacques bat son plein, mais finalement les Saint-Pierre sont appétissants. Au rayon fromage, j’hésite encore mais je choisis du saint-nectaire plutôt que du saint-marcellin. Et puis Maurice arrive, toujours inquiet, qui m’interpelle en montrant le ciel « Méfiance ! Soleil de Ste-Odile n’est pas promesse d’avril ». Après avoir admiré ensemble la fanfare de l’Harmonie Saint-Michel, qui défile ce jour là pour fêter la Sainte-Cécile patronne des musiciens, il m’accompagne ensuite jusqu’à la voiture, dont j’ai égaré les clés, en me conseillant encore « Va donc brûler un cierge à saint Antoine !» Enfin je retrouve mes clés sous le St-Christophe fixé près du volant et je repars vers Saint-Sébastien en prenant la route de Saint-Colomban.

      Finalement les saints accompagnent nos vies ! Depuis quand et pourquoi ?

 

Charlemagne et les reliques

                                                 

      L’implantation des moines dans tout le Pays de Retz, à compter du 7e siècle, vient compléter et assurer bien sûr son évangélisation déjà entamée par Martin de Vertou. Il va s’agir alors pour eux de « reformater » l’espace, le temps et l’esprit des populations « païennes » par de nouveaux repères. Car les Pictons (Poitou) avaient finalement assez bien adopté les cultes romains et même avant eux celui des dieux amenés par les commerçants Hélléniques et Libanais.   

      Recadrer l’espace : réutiliser par exemple les anciens repères que sont les fontaines (parfois les menhirs) en les rebaptisant, et surtout en créer de nouveaux par les lieux de culte. Le maillage des Prieurés et abbayes va alors couvrir le territoire de notre région.

      Recadrer le temps : la répétition des actes religieux dans le temps est nécessaire pour créer des habitudes. Elle devient ainsi rassurante et constitue un rappel facile à identifier. Les cérémonies à la date anniversaire, les processions et pélerinages, deviennent des éléments marquants de l’année tout au long des saisons.

     Recadrer les esprits : le rappel de la religion nécessite un enseignement, par des signes visibles, des traces et représentations.

      Les moines et religieux doivent donc gérer le déroulement de l’année selon des dévotions nouvelles et reconstituer un nouvel environnement pour mieux enseigner et enraciner la doctrine chrétienne. L’ensemble de la société étant quasi-analphabète, l’enseignement de la religion se fait oralement  par les prêches et sermons, parfois par la célébration de Mystères (petits « spectacles » rappelant des évènements de la Bible) et visuellement par la  communication de la statuaire, les fresques et les vitraux. Dès le VI° siècle le Pape Grégoire valide et encourage d’ailleurs cette pédagogie par l’image.

 

        Mais le contact direct avec Dieu étant délicat car il est LE Seigneur tout-puissant inabordable, le recours à des intercesseurs s’avère nécessaire. Il s’agit d’êtres humains, donc plus accessibles, parvenus à la sainteté et avec qui il est possible de créer un lien direct plus familier.

 

 LE CULTE DES SAINTS :

     Les Saints vont remplir cette fonction d’intermédiaires. Leur culte, qui a pris naissance avec le massacre des premiers chrétiens, a été reconnu par le concile de Nicée en 787, et se répand partout au Moyen Âge. Il ne sera remis en cause qu’à compter du XVI° par la Réforme (Protestants, Juifs et Islamiques considérant le culte des saints comme une idolâtrie par rapport à celui de Dieu) et relancé de plus belle, en réaction, en 1563 (Concile de Trente), par la Contre Réforme Catholique. Et l’on va faire appel à eux pour tous les événements de la vie.

     Car le monde du Moyen Âge n’est pas de tout repos. Sans parler des Croisades qui pendant deux cent ans (1095-1291) vont mobiliser des centaines de milliers de personnes, sans parler de la guerre de Cent ans (1337-1453) et de ses dégâts surtout dans nos villes côtières, la peur est très souvent présente (invasions, guerres, épidémies, tempêtes et soumissions diverses) et l’on va rechercher des protections parfois lointaines auprès des saints protecteurs mais aussi des guérisons en se rapprochant des reliques des saints guérisseurs.               

 

      La France est dès lors un monde traversé par des Pèlerins sillonnant le pays à la recherche d’un monde spirituel meilleur. Ces migrants intérieurs, auxquels il faut déjà offrir des centres d’accueil et assurer nourriture et soins, constituent des foules importantes tout au long de l’année qui génèrent des retombées économiques énormes. Or le culte des saints est lié à celui des reliques et inversement. Chaque communauté religieuse qui en détient cherche alors à les mettre en valeur et éventuellement à s’en procurer d’autres.

      L’approche des reliques est en effet très bénéfique : elle peut provoquer la guérison de certains maux physiques, et « dépénaliser » certaines fautes commises. Les plus puissants sont aussi encouragés à une mise à contribution financière… car leurs fautes sont souvent plus grandes. Les sommes et les énormes dons récoltés sont alors utilisés pour développer ces centres religieux, agrandir leur accueil, les embellir et améliorer l’importance des aides et assistance délivrées aux nécessiteux.

 

 LES SAINTS PROTECTEURS:

     Dans chaque commune existent des lieux-dits portant des noms de saints. Il ne s’agit généralement pas d’un hasard ; la toponymie raconte elle aussi l’Histoire.

      Car au Moyen Âge, plusieurs épidémies traversent la région, la lèpre d’abord, mais surtout, vers 1350, la Grande Peste qui anéantit au moins 40% des populations ! On se méfie donc des pèlerins, éventuels vecteurs de maladies, en créant pour eux un système sanitaire de soins sur le site et de mise en quarantaine pour les plus malades à l’extérieur des bourgs, les faubourgs, dans les maladreries concernant d’abord les lépreux (les ladres). Pratique déjà préconisée dès 789 par les capitulaires de Charlemagne.

 

     Les noms de lieux sont encore une fois des points de repère, alors cherchez-les dans votre commune, (voir maladrie, ou malabry, l’hopitau, éventuellement  Missaudière et Mellerie ), mais aussi ceux des quartiers. En Pays de Retz une vingtaine d'anciennes implantations sont ainsi identifiées   

    

 

      JACQUES :

A l’entrée (ou la sortie) sud de chaque grande ville (Rennes, Bordeaux, Nantes etc.), en général séparé par un bras de rivière, existe souvent un quartier portant le nom de St-Jacques. Il est situé sur le passage des pèlerins en route pour St-Jacques de Compostelle et dénote une pratique hospitalière très ancienne destinée aux Jacquets fatigués ou malades au Moyen Âge.

 

                                                                                    

 

      MADELEINE :

      La peste et la lèpre étant des maladies incurables, les lépreux étaient condamnés… à vie. Aux chanceux guéris fut pendant longtemps pratiquement réservée la profession de cordier. Leur résidence, les maladreries, financées et approvisionnées par les dons, leur interdisait désormais quasiment tout contact et vie sociale en dehors. Elles étaient généralement placées sous la protection de sainte Madeleine. Le nom du lieu-dit est présent dans plusieurs  communes du Pays de Retz et d’ailleurs, et révèle la nature de son ancienne occupation.

    SEBASTIEN :

    Transpercé par les flèches comme par les douleurs provoquées par la peste, Sébastien en était également devenu le symbole et la référence. Au sud-est de Nantes la paroisse qui porte son nom fut longtemps un but de grandes processions lors des épidémies.

 

                                                

 

 

 

 LES SAINTS GUERISSEURS :

    Si certains marquent encore un territoire, de nombreux saints possèdent aussi des fonctions «médicales» ou hospitalières comme Laurent, Catherine, Blaise, Barthélémy, souvent représentés.

 

Les 7 saints fondateurs de la Bretagne : SAMSON (Dol),MALO,BRIEUC,TUGDUAL,(Tréguier),POL,CORENTIN (Quimper),PATERN (Vannes).

 

     On les invoque bien sûr pour une guérison. Par exemple saint Roch, guéri de la peste par son chien léchant la jambe infectée, est invoqué contre cette maladie, Saint Laurent et son gril contre les brûlures, sainte Apolline contre les maux de dents, saint Blaise contre la toux, saint Fiacre pour les aveugles, etc. La liste en devient ensuite interminable, la fonction du saint guérisseur variant parfois selon les régions ou s’élargissant avec le temps. Il ne faut donc pas s’étonner de lui trouver des compétences élargies…

–  Marguerite : protectrice des moissons… des femmes en couches… et des tailleurs de pierre.

–  Fiacre : contre la stérilité mais aussi… les hémorroïdes… et les cancers.

–  Hubert : contre la rage et le tétanos.

–  François d’Assise : estomac et foie

–  Barbe : contre les inondations et brûlures.

–  Philibert : contre les orages et les tempêtes, mais aussi contre les rhumatismes et maux d’intestin.

–  Anne et Marie sont polyvalentes

 

 LES SAINTS PATRONS :

 

Partant d’une  protection individuelle, le saint peut aussi protéger un groupe ou une profession dont il devient le « saint patron »

–  Donatien et Rogatien, patrons de la ville de Nantes

–  Joseph : artisans 

–  Vincent : viticulteurs 

–  Catherine : meuniers et menuisiers

–  Fiacre : maraîchers et jardiniers

–  Claire : des brodeuses, des lavandières et des aveugles (et depuis 1958, par Pie XII, des gens de télévision). 

 

          L’évocation des saints, devenue un élément du culte, accompagne donc totalement la vie quotidienne. La célébration de leur anniversaire rythme l’année, les saisons, les semis et plantations, les moissons, et donnent naissance à tous ces dictons que chacun connaît... en partie. Leurs représentations les plus visibles sont les vitraux de chaque église. La majorité de celles des Pays de Retz datant du XIXe siècle en offre une grande diversité.

          On y trouve aussi bien le rappel aux saints traditionnels de notre région Bretonne et Poitevine (à St-Philbert de Grand Lieu) que des plus « récents » (à Ste-Pazanne). Prenez le temps de les observer, vous serez surpris des détails découverts et de leurs significations. Et puis regardez autour de vous leur présence dans le paysage. A St-Aignan, jusqu’à une époque relativement récente, on venait plonger les tous petits enfants dans la jolie petite fontaine de saint Rachou, au sud de l'église, pour les soigner de la gale.

 

           Alors, découvrez vos saints et ne les cachez plus !!!

Avant d’aller, dans quelques mois à St-Tropez ou au Mont Saint-Michel.

Au fait, nous sommes en avril, surveillez le 12, et la saint-Jules : « A la saint-Jules, mauvais temps n’est pas installé pour longtemps ».

En priant pour que cela dure jusqu’à la Saint Glin-Glin !

 

                                 Alain JUNO  2016

 

                                                     

 

 

 

 

 

 

 



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