Douze siècles de marché à St Philbert de Grand Lieu

 

1/3 -  De 836 à 1869.

 

Dans la mémoire collective des philibertins, surtout des anciens, l'évocation du marché se focalise facilement sur la période de 1869 à 1936 où il a occupé notre vénérable "ancienne église" (vieille de près de 13 siècles !). C'est oublier qu'il y a eu un avant et un après cette période. En 836 les moines de l'abbaye philibertine de Noirmoutier, sans cesse importunés par les vikings, décident de s'installer de façon définitive à Déas, avec le sarcophage contenant les reliques de leur saint fondateur. L'afflux des pèlerins attire de nombreux marchands. Un vrai marché s'installe, mais il se tient devant l’Abbatiale, et non dedans ! Ermentaire est alors le moine chroniqueur du monastère. Il raconte comment en juin 837 l’Abbé Hilbod doit planter une croix à une certaine distance de l’église, pour marquer la limite en deçà de laquelle les marchands (et les femmes !) ne devaient plus s’en approcher. Avant l'installation des moines Déas n’était qu’une villa mérovingienne, c’est-à-dire une grosse exploitation agricole, donnée à Philibert, alors Abbé de Noirmoutier, par l’évêque Ansoald de Poitiers en 677. Elle ne justifiait sans doute pas un marché. Par contre on peut supposer que ce marché s’est poursuivi après le 9ème siècle, au moins pendant les périodes calmes, mais nous n’avons pas trouvé d’autres traces écrites avant 1785. Cette année-là le Seigneur Richard de la Roulière en St-Colombin (aujourd'hui St-Colomban) adresse une requête au Parlement de Bretagne “en vue de l’établissement d’un marché à St Philbert de Grand Lieu, tous les vendredis de chaque semaine et de 4 foires par an (13 Avril, 14 mai, 20 juin et 20 juillet), à charge par lui de fournir une place et de faire construire et entretenir une halle”. (4) Il est seigneur haut justicier de St Philbert de Grand Lieu et de St Colombin (aujourd'hui St Colomban), et possède à St-Philbert, à l’entrée de la route de Machecoul, "son auditoire, une maison et des terrains". Il obtient l’autorisation et construit alors sa halle “près du pontereau de la Papine.

 

Plan d'alignement de 1856

La route de Machecoul devenue rue Félix Platel s'appelle alors rue de la Halle

En bleu, de bas en haut : la chapelle Lamoricière, la Halle, la mairie, l'école de filles, l'abbatiale

 

Plan communal 2008

En zone hachurée, l'emprise de la halle de 1785

Cette halle mesurait 28,70 m. x 17,60 m., soit 505 m2

 

C'est le titulaire de l’affermage de la halle qui perçoit à son profit les “droits de hallage”. De même il est autorisé à percevoir un droit sur les barques venues par la Boulogne et qui remontent le ruisseau de la douve jusqu’à la Papine pour approvisionner le marché. (2). Une loi du 15-28 mars 1790 va supprimer ce privilège et décréter que les droits seraient désormais perçus par les communes pour ellesmêmes. Mais aucune application ne semble en avoir été faite à St Philbert de Grand Lieu avant les années 1850. Le seigneur Richard de la Roulière, après que tous ses biens eurent été confisqués à la Révolution, sera arrêté et mourra en novembre 1793. Sa veuve “se débattra avec les autorités jacobines pour tâcher de rattraper quelques bribes de l’opulente richesse confisquée” (1). Après la Révolution, la Roulière devint la propriété d’une de ses filles (4), mais on ne dit rien concernant les bâtiments et la halle de St-Philbert. Les années passent. En 1855 (époque où M. CORMERAIS est maire, M. GUIBERTEAU Adjoint, M. de la CASINIÈRE Secrétaire) la famille Le Mercier de la Piltière est devenue propriétaire de la halle. Le 6 mai le Conseil Municipal autorise le maire à passer bail avec “le nouveau fermier de la halle”, le sieur Brochet, pour le prix de 50 Frs/an, pour la location des terrains devant la halle qu’il afferme à Mme Le Mercier et ses enfants," pour les marchandises qui ne peuvent tenir dans la halle". Le 10 août 1856 le maire propose au Conseil Municipal que le fruit d’une vente récente de certains terrains du cimetière soit affecté à l’achat ou la construction d’une halle, ou à l’achat d’un champ de foire. Le Conseil opte pour l’achat de la halle existante, c’est à dire celle de la famille Le Mercier. Madame Le Mercier explique au maire le 11 octobre que ce bâtiment est propriété de ses enfants et que de ce fait des difficultés sont à prévoir pour la vente à la commune. Le 14 juillet 1857 le Préfet transmet au maire un procès-verbal établi par le Commissaire de Police du canton, “pour fautes graves” à l’encontre du "sieur Auguste Brochet, fermier des droits de place sous les halles (Le Mercier) et dans les marchés". En Février 1862 la commune reconduit avec Sauvaget, nouveau fermier de la halle, le bail précédemment attribué à Brochet. Mais le Préfet auquel est soumise l’approbation du bail, signale au maire “l’irrégularité de cette situation” au regard de la loi de 1790 et il le somme de faire appliquer la dite loi. Lorsque la réponse du Préfet arrive le bail Le Mercier/Sauvaget a été déjà dûment signé. De son côté le Conseil Municipal a confirmé le 24 juin1862 son bail de 3 ans avec Sauvaget pour percevoir des droits sur les marchandises entreposées devant la halle, et étend sa mission aux commerçants stationnant près du champ de foire, les jours de foire, le tout pour le même loyer de 50 Frs/an. Le Préfet accepte de surseoir, sous réserve qu’un accord soit pris entre la Mairie et les propriétaires, stipulant que la commune percevra pour elle les droits de place à partir du 25 juin 1865, ce que Mme Le Mercier accepte. En novembre1864 le Préfet rappelle à la commune l’accord de 1862. Le maire a demandé à Mme Le Mercier le prix auquel elle souhaite vendre sa halle. Sans réponse, le Conseil fixe à 150 Frs/an le loyer qui lui sera proposé. Ce prix “sera notifié par le garde-champêtre, en exigeant une réponse rapide, faute de quoi la commune pourra se rendre acquéreur de la halle soit à l’amiable, soit par expropriation”. Malgré les relances Mme Le Mercier ne répond pas. Le 13 janvier 1865 le maire fait devant le Conseil Municipal l’historique du dossier en soulignant la négligence des municipalités qui se sont succédées depuis 1790. On va vers l’expropriation (la loi de 1790 a supprimé l’obligation de Déclaration d'Utilité Publique, celle du 3 mai 1841 prévoit seulement une enquête publique de 8 jours). Le prix de la halle est estimé par un expert à 3.000 Frs. Pour permettre le paiement “les conseillers municipaux, réunis (comme c’est l’usage à cette époque) avec les plus forts contribuables”, conviennent d’un emprunt qui sera remboursé par les droits perçus. Mme Le Mercier proteste le 1er février 1865, en disant que la loi ne peut s’appliquer car la halle existait avant 1790. Sa lettre, reçue en mairie le lendemain de la clôture de l’enquête, est considérée comme non recevable. Dès le 5 février le Conseil Municipal se fixe un objectif de 600 Frs/an pour les droits de place, qui serviront : 500 Frs au remboursement du capital, 100 Frs pour les intérêts au taux légal de 8%. Les enfants Le Mercier, qui se considèrent comme les seuls propriétaires par héritage de leur père, adressent le 15 février une requête au Préfet. Ils refusent de vendre mais veulent bien louer 1.000 Frs/an. Le Conseil Municipal reste sur sa première proposition à 150 Frs, arguant qu’il s’agit de la location d’un hangar ordinaire. Le Conseil de Préfecture est saisi et le 27 mai ordonne une expertise : un expert sera nommé par chaque partie, un 3ème par le Préfet si nécessaire. Selon l'expert désigné par le maire, "Sauvaget loue pour 800 Frs la halle mais aussi des terrains alentour, un jardin de 6 ares et un autre bâtiment habité par le percepteur, le juge de paix et un aubergiste. De plus il perçoit en contrepartie les droits de hallage". Le 4 juin, mandaté par le Conseil du 28 mai, le maire décide par arrêté que “en attendant la prise de possession de la halle” - conditionnée par la décision du Conseil de Préfecture qui doit fixer le prix de location -, “le marché sera, le vendredi 30 juin et le suivant, sur la place de l’(ancienne) église , vulgairement dit l’Aireau”, et que les droits seront perçus en régie par l’ancien fermier des Le Mercier, Sauvaget, qui accepte les conditions de la Mairie (il recevra 10% des droits perçus). Le Conseil de Préfecture fixe le 8 Juillet 1865 le prix de location à 200 Frs/an, payable : moitié 24juin, moitié 24décembre à terme échu, selon un bail de 3 ans à compter du 24 juin. La commune ne peut qu’accepter. État des lieux fait le 26/11/1865 : “La Halle est un vaste hangar en bois de chêne dont la partie non sujette aux réparations locatives est en assez bon état.

Quant à celle qui est sujette aux réparations locatives,

1°) Le sol est assez inégal, seulement garni de terre et présentant quelques légères excavations.

2°) La halle est garnie de 28 bancs. Les propriétaires ont manifesté l’intention d’en établir un autre qui manque. Les bancs actuels sont en chêne, vieux, en assez mauvais état, écornés pour la plupart, un d’eux est coupé par moitié; tout l’aubier du chêne est entièrement pourri; ces bancs penchent d’un bout ou de l’autre et ne se trouvent pas dans le même plan horizontal.

3°) La toiture n’a pas été refaite à neuf le 24 Juin 1865. En conséquence, il est convenu que lors de la fin de son bail, la commune de St Philbert ne devra la main d’oeuvre que pour la réfection de la moitié de la couverture, suivant l’usage local, les bailleurs s’engageant à refaire ou faire refaire par le fermier antérieur l’autre moitié.” Au 2è semestre 1865 les droits perçus s’élèvent à 400 Frs, dont 10% vont au receveur. Le 21 mars 1866 les propriétaires prétendent donner congé “pour la St Jean 1866” et “fixer un nouveau prix par expert si la location continue”. A la mi-mai le Préfet confirme au maire que Mme Le Mercier n’est pas fondée à résilier le bail avant le 24 juin1868. Dès le 10 avril 1866 le Préfet avait d'ailleurs décidé d’engager l’expropriation selon la loi de mars 1790. A cette époque, une nouvelle église paroissiale est en cours de construction pour remplacer prochainement l’"ancienne église". Le Conseil Municipal émet l'idée d’utiliser cette dernière pour y transférer le marché. Le maire qui trouve cette solution intéressante la soumet au Préfet. Le 2 septembre1867 Mme Le Mercier propose un règlement à l’amiable, tout en étant consciente, dit-elle, que son offre a peu de chance de succès, avec un loyer de 400 Frs. Le 10 novembre le Conseil Municipal refuse. Le Conseil de Préfecture, saisi le 20 mars1868 par les enfants Le Mercier et le Maire, fixe le loyer à 300 Frs avec nouveau bail de 3 ans à compter du 24 juin 1868, en raison, dit-il, de la plus-value apportée “par la proximité de la nouvelle église, qui va être ouverte prochainement”. Le 24 mai le Conseil Municipal critique “l’appréciation erronée” et une “décision prise sans nouvelle expertise”, et considère comme fallacieux l’argument du Préfet : “le voisinage d’une église n’a aucune influence sur un marché se tenant de surcroît un vendredi". De plus cette malheureuse décision arrive au moment où les recettes de la halle sont tombées de 800 Frs à 500 Frs par an. Ceci conduit le Conseil à réduire “d’une manière déplorable tous les articles du budget qui ne sont pas obligatoires”, et en particulier “à supprimer le contingent au service médical gratuit”. Les travaux de la nouvelle église prennent du retard. Le 30 août 1869 le Conseil Municipal demande une aide au Ministère des Cultes, car “l’ancienne menace ruine”, information basée sur un certain nombre de détails effectivement alarmants. Mais le retard des travaux de la nouvelle église n'a pas empêché que le culte y soit quand même transféré. En septembre la commune a envisagé de résilier le bail par anticipation et a fait les publications d’usage. Aucune observation n’est enregistrée à la suite de la publicité légale. Le 19 septembre le Conseil enregistre que “la vieille église paroissiale est maintenant abandonnée, mais qu’en attendant son appropriation comme halle et la translation du marché sur ce point à la fin du bail de la halle le 24/06/1871, il importe de ne pas laisser improductif ce vaste vaisseau”. Décision est prise de l’affermer “en tout ou en partie pour un temps plus ou moins long qui ne devra pas dépasser le 24/06/1871” et de demander la résiliation du bail Le Mercier, “soit immédiatement soit à une époque ultérieure”. D’ores et déjà il est décidé que “le marché aux cochons devra se tenir sur la place de l’ancienne église” Le 9 novembre le Conseil Municipal enregistre avec satisfaction l’accord de Mme Le Mercier qui accepte de résilier le bail au 25 décembre1869. Dès lors le transfert du marché se fait sans tarder, puisque le 5 décembre le Conseil Municipal constate que “le marché a été transporté dans la vieille église telle quelle, mais elle est trop sombre et trop élevée”. Il vote un emprunt de 10.000 Frs remboursable sur 10 ans, pour des travaux d’adaptation de l’édifice au marché. Ce monument, prestigieux à plus d'un titre, suscite aujourd'hui un immense respect de la part de tous, clergé, élus et public. En 1869 la décision de la commune, difficilement imaginable à notre époque, est prise sans hésitation. Elle ne semble pas davantage avoir ému le clergé local ou diocésain, qui n’a manifesté lui non plus aucune réticence. Pourtant le monument, qui avait survécu à la Révolution, allait ainsi être encore sauvé d’une destruction plus ou moins probable. Etat de l'intérieur (nef centrale) de l'Abbatiale en 1870, après les aménagements décidés pour abriter le marché. Murs et toiture rabaissés de 3 mètres. Au fond le mur construit par l'architecte Boismen pour isoler le choeur. Murs crépis à la chaux et dallage de granit au sol conservés.

 

2/3 -  de 1869 à 1936

 

L'église Abbatiale utilisée comme halle de marché ! L'Abbatiale perdit donc sa fonction d’église paroissiale en novembre 1869, au profit de la nouvelle église néogothique. On a dit que certains (dont quelques élus) avaient alors pensé que ce bâtiment devenu sans objet pourrait fournir les quantités de pierres nécessaires à la réfection des chemins ruraux et à la construction de plusieurs voies nouvelles, dont le besoin se faisait sentir. Les archives n'y font pas allusion, mais elles précisent par contre que la "majorité des élus" s'est finalement ralliée à la proposition du maire qui estimait que "cette vaste nef ferait une belle halle de marché". En effet la commune, lasse d’un conflit qui durait depuis 15 ou 20 ans avec le propriétaire de la halle privée qui abritait jusque-là le marché hebdomadaire, trouvait ainsi une solution qui lui évitait d’avoir à construire une halle neuve. Décembre 1869 : “le marché a été transporté dans la vieille église telle quelle, mais elle est trop sombre et trop élevée”. L'architecte BOISMEN est chargé d'étudier l'adaptation des lieux à l'exploitation du marché. On enlève le lambris du plafond, puis toute la toiture et les charpentes. Et c'est là que le monument va subir la plus grave mutilation volontaire de toute son existence. En effet le haut des murs était plus ou moins délabré et on pouvait craindre que certaines parties ne s'effondrent. Pour éviter toute chute de pierres, au lieu de consolider on va araser sur 3 mètres le haut de tous les murs. La toiture et la charpente démontées seront ensuite réinstallées. La toiture sera percée de 16 grandes verrières pour un bon éclairage du marché. Elles ont été progressivement obturées entre 1947 et 1994. Par ailleurs un mur de 3 m. environ de haut fermera le choeur et le déambulatoire au droit de l’arc séparant le choeur du transept, une large porte avec arcade étant ménagée au milieu de ce mur. Cette clôture sera destinée à protéger la partie la plus sacrée du monument, à savoir le choeur, les chapelles latérales, la confession et le déambulatoire. (Plan aux archives de la mairie, photo Mieusement aux archives de la Médiathèque du Patrimoine à Paris ). (Les bancs des vendeuses sont rangés de part et d'autre de la nef.)

 

3/3 - à partir de 1924

 

Dans son "Histoire de Saint Philbert de Grand Lieu" parue en 1924 l'abbé Brunellière écrit “qu’incessamment une nouvelle halle sera construite, élégante et simple”, et envisage des futurs pèlerinages dans l’abbatiale rendue à sa vocation. (3) Un tel projet de halle nouvelle existait-il vraiment ? Etait-ce le fruit de l'imagination de l'auteur ? Ou une provocation pour relancer le débat sur le sort de l'Abbatiale ? En tout cas, ce n'est qu'en 1930 qu'il sera évoqué pour la première fois en mairie. Cette année-là, le 7 septembre le Conseil Municipal, “selon le désir exprimé par l’unanimité des conseillers municipaux”, cherche une solution pour “sortir le marché de l’ancienne église, qui a été déclarée Monument Historique en l’année 1896; les visiteurs de ce beau monument sont certainement étonnés de voir cet état de choses durer indéfiniment.” 3 terrains ont été proposés au maire: - 1 terrain d’environ 800 m2 (famille Reucher), sur le bord de la rivière, au bout de la venelle qui longe la propriété Denis : il y a des bâtiments à démolir, plusieurs locataires à reloger, la venelle à élargir. - l’hôtel Denis (futur hôtel Riviera) et ses dépendances : beaucoup de démolitions, trop petit, trop près de la route très fréquentée et près d’un virage (déjà !) réputé dangereux. - 1 terrain situé “Place du Port, avant le garage Sendral, comportant divers bâtiments, cour et jardin, surface 850 m2 au prix de 22.500 Frs, suivant état estimatif établi le 10/08/1930 par l’Ingénieur-voyer”, et pour lequel le Maire a obtenu le 17/08/1930 une promesse de vente à la commune signée par Eugénie Bournigal veuve Amiand et sa fille Paule Amiand. Le conseil accepte cette dernière proposition pour la somme de 22.500 Frs avec intérêt de 5% jusqu’au jour du paiement (adopté par les 15 conseillers présents sur 20). La démarche du maire est donc un peu antérieure à un article virulent publié le 31 août 1930, dans le journal LA CROIX, par Pierre L’Ermite (de son vrai nom chanoine Edmond Loutil), sous le titre “Larmes des choses”. L’auteur a été scandalisé par l’état extérieur et l’utilisation faite de l’Abbatiale qu’il avait visitée quelques jours plus tôt, et il laisse éclater sa colère contre le sort réservé à ce “joyau de l’art carolingien”, et à un “saint national dont plus de 100 de nos églises portent le nom”. On peut quand même penser que cet article n’aura pas été sans influence sur la suite de l’initiative des élus. Ce projet va provoquer de fortes réactions. Ainsi une pétition de 84 commerçants et habitants (dont 2 conseillers municipaux) du centre, réclame le marché plus près du centre du bourg. On suggère des terrains “près de la voie ferrée, vastes et moins chers”. Les pétitionnaires ajoutent que “l’abbatiale devant être rendue au culte, les commerçants du quartier auront les pèlerinages au tombeau pour remplacer ce qu’ils auront perdu”. (original sans date mais copie certifiée conforme datée du 1er octobre 1930). De même existe une copie certifiée conforme le 25 novembre d’une Cadastre 2008 avec situation présumée du terrain Bournigal entre ce qui deviendra le restaurant "La Bosselle" et le garage Citroën (ex-Sendral agrandi) pétition avec 103 signataires, qui félicitent le maire de sortir le marché de l’Abbatiale et approuvent la décision du conseil du 07/09. Ils rappellent qu’en 1870 les halles, précédemment route de Machecoul, “avaient été transférées dans l’abbatiale pour compenser l’attraction de la nouvelle église”. Ils contestent le bien-fondé de la pétition de demande de transfert dans le centre, ainsi que les retombées réelles à attendre de la remise au culte et surtout d’hypothétiques pèlerinages “difficiles et très longs à mettre en place” (“pour nos arrière-petits-enfants peut-être ”, disent-ils). Le16 novembre,le maire donne lecture au Conseil Municipal des 2 pétitions. Le conseil maintient sa décision du 7 Septembre par 10 voix sur les 14 présents, (sur 19 conseillers). L’Ingénieur-voyer dresse le 19 le plan de situation du terrain Bournigal/Amiand. Suite à la demande du Conseil Municipal du 16 novembre, le Préfet prend le 11 décembre un arrêté d’ouverture d’enquête “commodo et incommodo”, dont les dates seront fixées par le maire aux 13, 14 et 15 janvier 1931. Une pétition est “remise en mairie le 15 janvier à 4 heures”, signée par 645 personnes “prévoyant de ne pouvoir se déplacer aux jours et heures prévus pour répondre à l’enquête”. Les signataires sont en majorité des cultivateurs et des habitants des villages ainsi que quelques commerçants et habitants du bourg. Cette pétition conteste le choix du conseil et redit sa préférence pour le centre bourg, près de la gare, “où le terrain ne coûtera rien”. Le 22 janvier1931 le commissaire enquêteur, Louis Gobin, envoie au Préfet son procès-verbal pour l’enquête ouverte “le 13 janvier à 14 heures du soir (sic) et close le 15 Janvier à 16 heures 30 du soir (re-sic)”. Le Préfet signifie au Maire dès le 29 qu’il refuse le procès-verbal de l’enquête, “irrecevable, car il n’a pas été établi suivant les instructions en vigueur”. Il a émis le 28 janvier un nouvel arrêté pour refaire l’enquête, dont nous n’avons pas retrouvé la date. De cette deuxième enquête il reste un exemplaire non daté des “Avis pour/Avis contre”, document qui recense une majorité de contestataires. Un certain nombre d’entre eux suggèrent de construire la halle “place des halles (rebaptisée depuis 1870 place de l’Abbatiale) en faisant tomber une maison appartenant à la commune et la maison Bonnet”. Au Conseil Municipal du 19 avril, “le Maire donne lecture du procèsverbal de l’enquête prescrite par l’arrêté préfectoral du 28 janvier 1931 sur le projet d’acquisition d’un terrain appartenant à la famille Amiand, situé en face le port sur la Boulogne, en vue d’y édifier le nouveau marché, projet voté par le Conseil Municipal par 2 fois, le 7 Septembre et le 10 Novembre 1930 et au sujet duquel le Conseil demandait la déclaration d’utilité publique. Le Conseil voyant que les déclarations contraires au projet de la municipalité sont plus nombreuses que celles favorables, décide d’abandonner le projet d’acquisition du dit terrain et de surseoir momentanément au déplacement du marché actuel, en attendant l’étude d’un nouveau projet”. Un plan non daté étudie la possibilité d’une implantation sur les terrains où sont situées la maison Bonnet et la maison de la commune. La halle ferait “au maximum 200 m2 à l’intérieur”, mentionne l’Ingénieur-voyer qui signe cette copie conforme. Le 19/10/1934 Le Conseil Général de Loire-Inférieure saisit l’occasion d’une demande de subvention pour des travaux de restauration dans “l’ancienne église de St-Philbert de G.L., édifice classé” pour fustiger l’utilisation qui en est faite Au printemps 1936 le nouveau curé Guillet propose à la commune 10.000 Frs pour construire une halle sur la place, afin de sortir définitivement le marché de l’église abbatiale. Finalement le maire et le curé se mettront d’accord pour que ce dernier fournisse lui-même la halle, dans la limite des 10.000 Frs annoncés. Le 28 juin 1936, le Conseil Municipal officialise la décision déjà prise : “le marché n’aura plus lieu dans l’ancienne église, et afin d’abriter les vendeuses une construction provisoire sera édifiée place des halles, le long de la maison Bonnet, par les soins de Monsieur le Curé qui offre un hangar de 15m.x10m. jusqu’à une somme de 10.000 Frs. Le Conseil invite Monsieur le Maire à poursuivre les pourparlers auprès du propriétaire voisin en vue d’édifier un marché définitif. Le Conseil remercie Monsieur le Curé de son offre généreuse.” Cette halle provisoire était faite d’une charpente métallique et de tôle ondulée, en attendant un bâtiment définitif. Un plan du quartier datant de 1942 (établi par A. Sallez, architecte à Paris dans le cadre d’un litige entre Victor Denis et les Monuments Historiques) montre bien que seule la maison de la commune fut rasée pour installer cette halle provisoire.(6) Le curé a toutefois précisé que, “la somme de 10.000 Frs étant prélevée sur les fonds paroissiaux, la commune, lorsqu’elle aura construit sa halle définitive, devra restituer le hangar en question à la paroisse” (3), clause acceptée par le maire de l’époque, Joseph de la Robrie. Il faudra attendre 1958 pour voir se réaliser cette halle définitive. Mais la municipalité de l’époque oublie l’engagement de ses prédécesseurs : le hangar a bien été récupéré par un particulier mais il n'y a aucune trace de paiement ni dans les archives de la commune ni dans celles de la paroisse. L’évolution économique et des modes de production agro-alimentaire provoqueront un déclin rapide du commerce ancestral. En 1968 le marché ferme et on transforme la halle en salle de fêtes municipale.

Un marché en plein air se développera sur la place de la nouvelle église le dimanche matin, de plus en plus orienté vers d’autres produits : fruits et légumes, habillement, quincaillerie, produits divers... mais on n’y voit plus de paysannes “tirant la cage” remplie de poulets et autres.

 

LE CHAMP DE FOIRE

En 1843 le champ de foire est établi dans le quartier du marchix. Il doit être agrandi. Pour ce faire il est transféré devant le cimetière où il restera jusqu’en 1912). (3) 14/09/1898 - On constate que le champ de foire est de nouveau “insuffisant et incommode”. 6/12/1908 - “Du fait du champ de foire insuffisant, les foires se tiennent également dans les rues où la circulation devient impossible”. Choix des terrains du Chaffault “derrière l’église et près de la gare”. Le Maire Cormerais a acheté certaines parcelles avant qu’elles ne soient vendues, ce qui aurait gêné le projet. Il en fait don ensuite à la commune, afin que, du fait de ses possibilités réduites, cette dernière n’ait en charge que les travaux d’aménagement. 1909 - confirmation de la décision du Conseil Municipal de “transférer le champ de foire, avec agrandissement, sur la prairie du Chaffault qui est offerte par M. Cormerais, maire”. Les travaux seront terminés en 1913. (3) En 1907 le Préfet suggère de réduire le nombre de foires, encore au nombre de 12 par an. Le Conseil rétorque que toutes ont leur justification et maintient ce nombre. A partir de 1841, ont été créés des comices agricoles officiels. Dès 1842 Saint Philbert de Grand Lieu aura le sien, l’un des 19 qui seront installés en “Loire-Inférieure”.

 

Plan aux archives de la mairie.

photo Mieusement aux archives de la Médiathèque du Patrimoine à Paris).

 

Sources consultées:

(A) Sauf indication autre, tous les éléments de ce texte proviennent des Archives de la Mairie de St Philbert de Gd-Lieu (Procès-verbaux des séances du Conseil Municipal, courriers et documents divers).

(B) Les références ci-dessous correspondent à des ouvrages ou copies de textes réunis par le Centre de Documentation de l’association des Amis de l’Abbatiale :

-(1) Paul Manceron, Histoire de Saint-Colomban, 1960/1997.

-(2) Abbé G. Brunellière, Histoire de Saint Philbert de Grand-Lieu, publiée en 1924, rééditée en 1993 par Les Amis de l’Abbatiale.

-(3) Archives Paroisse de St Philbert de Gd-Lieu.

-(4) Archives et documentation des Amis de l’Abbatiale de St Philbert de Gd Lieu.

-(5) M.Launay, Le diocèse de Nantes sous le Second Empire (Cid Editions).

-(6) Médiathèque de la Direction du Patrimoine - Paris.

-(7) Archives du Diocèse de Nantes.

 

              Jean-Pierre Biraud

 

Avec ses remerciements à tous ceux (Amis de l’Abbatiale et autres anciens philibertins) qui l’ont aidé par leurs contributions et leurs conseils.



Réagir


CAPTCHA


Calendrier
« Octobre 2018 »
Lu Ma Me Je Ve Sa Di
1234567
891011121314
15161718192021
22232425262728
293031
Sur le forum Pas encore de message

Aller sur le forum